Dans la peau d’un « dubliné »

21 mai 2019 Exilés, Préjugés Comments (0) 457

Pour mieux appréhender la réalité de ce que vivent les demandeurs d’asile dublinés, je vous propose un « jeu de rôle ». Pour cela, nous allons faire un peu de « politique fiction », je vous demande de faire un effort pour rentrer dans le scénario que je vais vous décrire.

Imaginez que d’ici quelques années, en Afrique, la situation s’est grandement améliorée. Certes, sur le continent africain certains pays sont gouvernés par l’extrême-droite, mais on peut dire que la majorité des pays sont dans des régimes démocratiques. Certes, tout n’est pas rose, il y a des mouvements contestataires qui réclament plus de justice sociale, mais on y meurt pas de faim, l’école est gratuite, les enfants ont un avenir. Celui-ci sera sans doute semé d’embûches pour les plus modestes, mais ils ont un avenir.

Par contre en Europe, c’est l’inverse. La plupart des pays européens sont dans de graves crises politiques. Des partis extrémistes ont pris le pouvoir, la liberté d’expression est menacée, le droit de manifester aussi. Jusqu’ici, nous ne sommes, hélas, pas encore totalement dans la fiction… Imaginons que l’économie s’effondre, il ne soit même plus question de gilets jaunes et de recherche de justice sociale, mais de chercher à ne pas mourir de faim. Vous n’avez plus les moyens d’envoyer vos enfants à l’école, ils sont obligés de travailler pour vous aider à survivre. Dans certains pays des organisations intégristes pillent, enlèvent ou tuent les civils. Pas le peine de chercher le soutien du gouvernement, de la police ou de l’armée, ils sont impuissants, parfois complices. Dans d’autres pays les jeunes sont obligés de rentrer dans l’armée, sans espoir d’en sortir un jour.

Voici pour la situation en Europe, et dans notre pays.

Vous décidez de ne pas vous résigner. Vous n’acceptez pas l’idée que votre famille n’ait pas d’avenir, de risquer votre vie pour vos opinions politiques, que vos enfants n’accèdent jamais à l’éducation. Alors vous décidez de partir, vous choisissez le Mali, parce que c’est un pays francophone déjà, et en plus vous y avez un frère qui y habite depuis quelques années. Pour le voyage vous auriez bien aimé juste prendre un avion, avec votre visa, mais… là aussi les choses ont changé. Les africains peuvent se rendre dans près de 200 pays dans le monde, sans même avoir besoin de visa, comme vous il y a quelques années. Mais aujourd’hui c’est l’inverse, votre passeport s’est dévalué, vous ne pouvez aller plus que dans une vingtaine de pays sans visa, et encore, aucun de ces pays n’est sur le continent africain.

Vous envisagez de prendre un visa touristique, mais… à moins d’avoir des relations bien placées, c’est impossible.

Vous prenez conscience de la réalité : plus le besoin de migrer est vital, plus il est entravé, que la « politique migratoire », comme ils l’appellent, consiste uniquement à empêcher les habitants des pays pauvres à venir dans les pays plus riches.

Vous n’avez pas le choix, vous allez devoir passer par des réseaux de passeurs, qui s’enrichissent sur le malheur des autres, bien aidé par la fermeture des frontières que les gouvernements africains ont mis en place.

Le voyage par ces réseaux mafieux coûte cher, beaucoup plus cher que le billet d’avion qu’utilisent les africains quand ils viennent parfois sur votre continent, en touriste.

Vous n’avez donc pas les moyens de payer le trajet pour toute la famille. Il faut se résoudre à choisir lequel d’entre vous partira. Le plus vaillant, le plus débrouillard, celui qui parle le mieux l’anglais… Après de longues hésitations, c’est vous qui y allez. Vous confiez votre famille à vos parents, qui se sont cotisés pour financer votre périple.

Chaque passage de frontière est difficile, il vous faudra parfois plusieurs mois, voire plusieurs années avant d’arriver en Italie, depuis lequel sont organisés des traversées vers l’Afrique. En plus, en Italie, comme en Libye aujourd’hui, vous ferez un passage en prison, arbitrairement. Vous y resterez plusieurs semaines, plusieurs mois, vous serez parfois vendu comme esclave, vous y subirez de la torture, il sera demandé à votre famille de donner de l’argent pour en sortir… Il y a aussi quelques femmes dans la prison, qui sont quasi systématiquement violées. Vous vous félicitez de ne pas être parti avec votre épouse… vous ne savez pas encore que, une fois arrivé, vous serez accusé d’avoir « abandonné votre famille »…

Vous finissez par en sortir, de cette prison. Abimé, mais vivant. Vous avez la « chance » de pouvoir embarquer sur un bateau en plastique, avec un moteur fatigué, sans certitude de pouvoir arriver de l’autre côté. Les chiffres sont là : 1 personne sur 13 meure en tentant la traversée de la Méditerranée. Mais il n’est plus vraiment possible de revenir en arrière. 

Après des heures de traversée, un bateau des garde-côtes vous prend en charge, vous n’y croyiez plus. L’eau commençait à monter au fond, déjà plusieurs morts qu’il avait fallu laisser en mer. Vous êtes soulagé, enfin sur un bateau qui ne risque pas de couler… mais celui-ci vous ramène en Italie. A la tentative suivante, vous avez aperçu un bateau de commerce s’approcher, vous avez espéré, mais il s’est finalement éloigné. Vous apprendrez plus tard que c’était sans doute par peur de payer une amende, de 3500 euros par personne recueillie. C’est difficilement imaginable, mais dans le continent ou vous souhaitez demander une protection, un gouvernement à modifié la loi dans ce sens : venir vous sauver la vie devient un délit punissable d’une amende.

A la troisième tentative, vous êtes enfin recueilli par le bateau d’une ONG… le soulagement est de courte durée, vous comprenez vite que ce bateau-là ne vous ramènera pas du mauvais côté, mais pour autant il n’est pas autorisé à débarquer sur le continent africain. Il faudra plusieurs jours avant que ce soit enfin possible.

Vous êtes débarqué en Turquie, enfin arrivé sur un continent ou vous êtes censé être protégé. Vos empreintes sont prises, on ne vous laisse pas le choix. Vous passez une nuit en sureté, dans un centre, le lendemain il vous est demandé si vous souhaitez déposer une demande d’asile en Turquie. Vous répondez que non, votre objectif c’est le Mali, vous y avez un frère, vous parlez la langue. Pas de souci, ils vous laissent repartir, ils vous donnent même un peu d’argent pour payer votre transport jusqu’au Mali.

Arrivé enfin dans ce pays, vous vous présentez aux autorités, vous expliquez que vous souhaitez demander l’asile. Vos empreintes sont prises de nouveau, à la Préfecture, et vous êtes informé que vous êtes bien en « demande d’asile », mais en « procédure Dublin ». Vos empreintes ont été entré dans un fichier européen, qui a ainsi vu une première prise en Turquie, donc vous allez être renvoyé là-bas. Vous expliquez qu’il doit y avoir une erreur, que vous n’avez jamais exprimé le souhait de rester en Turquie, on vous l’a demandé déjà, on vous a même donné de l’argent pour pouvoir en partir. Vous expliquez que vous avez un frère ici, que vous parlez la langue, tout ceci va faciliter votre intégration… Mais rien n’y fait, la préfecture se contente de vous donner un rendez-vous pour dans un mois, en vous expliquant que d’ici là ils vont demander à la Turquie s’ils acceptent de vous « reprendre en charge ». Vous êtes un peu rassuré, la Turquie vous a donné de l’argent pour partir, ils ne vont quand même pas maintenant dire qu’ils souhaitent que vous y retourniez…

Le mois suivant, quand vous revenez, la Préfecture se contente de renouveler votre titre de séjour provisoire, vous reprenez un peu espoir. Depuis un mois vous logez dans un ancien hôtel low-cost, il vous a été expliqué que vous avez déjà de la chance, à peine la moitié des demandeurs d’asile accèdent à un logement… Vous avez théoriquement droit à une petite allocation, 200 euros par mois, mais il faut encore attendre avant que vous puissiez la toucher. Vous ne vous plaignez pas, parce que vous avez commencé à entendre parler autour de vous, à voir les discours dans la presse de certains partis politiques, qui vous considèrent comme un « clandestin », parce que vous êtes entré irrégulièrement. Vous avez envie de leur dire que n’attendiez que ça, vous, de pouvoir entrer régulièrement, vous n’êtes pas responsable du fait que les frontières soient à géométrie variable, ouvertes si vous ne courrez aucun danger dans votre pays, mais fermée à ceux qui viennent demander une protection. Ils disent que vous êtes « privilégié », que vous avez plus d’aide que les habitants du pays… c’est pourtant faux, l’allocation que vous allez toucher, si vous n’êtes pas expulsé avant, est largement plus basse que ce touche les personnes défavorisées. Vous ne demandez qu’à travailler, vous, mais vous n’en avez pas le droit. Le logement qui vous est accordé ne l’est que de manière très ponctuelle, le temps de votre procédure. En attendant, vous vous occupez, vous allez aux cours de langue, donnés par des bénévoles, pour vous perfectionner. 

Finalement, au bout de 2 mois vous êtes convoqué de nouveau à la Préfecture, qui vous informe que la Turquie n’a pas répondu à la demande pour vous « reprendre en charge »… mais le règlement est ainsi fait que s’ils ne répondent pas, c’est comme s’ils répondaient oui. Ils appellent ça un « accord implicite ». Vous pouvez quand même déposer un recours devant un tribunal administratif, mais vous n’avez aucune chance de gagner le recours, il faudrait pouvoir prouver que la Turquie a été défaillant dans votre accueil. Ils n’ont pas été défaillant, ils vous ont même donné de l’argent pour partir… mais ça, ça ne rentre pas en compte. Le fait que vous ayez un frère au Mali, le fait que vous parliez français, et pas turc, ça ne rentre pas en compte non plus, le règlement est ainsi fait. La préfecture vous informe également que vous êtes « assigné à résidence », c’est à dire que vous allez devoir aller signer chaque jour au commissariat, jusqu’à votre expulsion. On vous demande de signer plein de papiers, dont un ou vous devez choisir de cocher la case : « J’accepte le transfert vers la Turquie », ou « Je n’accepte pas le transfert vers la Turquie ». Vous avez bien envie de cocher cette deuxième case, mais il est indiqué que dans ce cas vous risquez d’être placé en centre de rétention, que si vous refusez l’embarquement vous risquez…

Donc vous cochez « J’accepte », juste pour ne pas risquer d’aller en rétention.

Quelques jours après, alors que vous allez signer au commissariat, ceux-ci vous informe qu’ils vous placent en rétention parce qu’un vol pour la Turquie est prévu pour demain 6h. Vous ne comprenez pas, vous ne comprenez plus… vous n’avez même pas vos quelques maigres affaires avec vous… vous téléphonez à un autre demandeur d’asile pour qu’il vienne au moins vous porter votre sac à dos avec vos papiers. 

Sur le formulaire de placement en rétention, il est écrit que vous pouvez déposer un recours dans les 48h, avec le numéro d’une permanence d’avocat. Mais il est 18h, la permanence est fermée. Vous insistez, vous prévenez des bénévoles qui font le forcing pour que vous puissiez voir au moins un avocat commis d’office. A 22h, enfin, vous en avez un au téléphone, qui dit qu’hélas il n’y a aucune chance d’espérer avoir une réponse d’un tribunal avant l’heure du vol.

Le lendemain, à 5h, les gendarmes vous menottent et vous conduisent à l’aéroport.

Des bénévoles sont sur place, ils tentent de convaincre les passagers et le commandant de bord de refuser votre expulsion, mais au mieux ils vous regardent en compatissant, plus globalement ils détournent le regard, ils n’ont pas envie que l’avion décolle avec du retard.

Ils se disent qu’après tout vous ne serez pas plus mal en Turquie… Ils ne savent pas que ce pays, à cause de règlement, est submergé par les demandes d’asile qui lui sont imposées, qu’il n’a plus les moyens de les prendre en charge. Une fois arrivée à l’aéroport de ce pays, vous n’aurez droit à rien, vous allez dormir dans la rue, sans aucun moyen, en attendant un hypothétique rendez-vous pour déposer une demande d’asile, dans quelques mois. Une demande qui sera vouée à l’échec. Alors qu’au Mali, vous parliez la langue, vous y aviez un frère qui pouvait vous aider à vous intégrer. Depuis la Turquie, vous risquez d’être expulsé vers la France, mais ça les passagers ne le savent pas.

Les passagers ne savent pas non plus qu’en même temps que vous êtes expulsé vers cet autre pays, cet autre pays expulse un étranger vers le Mali. Une sorte de jeu d’échange à résultat nul, qui ça ne change rien au nombre de demandeurs d’asile, ça les force juste à déposer leur demande dans un pays qu’ils n’ont pas choisi. Tout ça pour ça. 

Les passagers ne savent pas non plus que tous ces billets d’avion sont à la charge des pays. Donc qu’ils les financent, indirectement. Le coût estimé oscille entre 2,5 et 4,9 milliards par an. Juste pour déplacer des demandeurs d’asile entre les pays, contre leur volonté.

En total contradiction avec la Convention de Genève et la déclaration des droits de l’Homme.

Tout ça vous semble tellement irrationnel, injuste, vous avez du mal à le croire.

Ça ne peut être qu’un mauvais rêve, un cauchemar.

Voilà, le « jeu de rôle » est fini, vous pouvez reprendre votre place actuelle, celle d’un citoyen européen qui n’a pas besoin de quitter sa famille et son pays pour assurer l’avenir.

Ce cauchemar n’est pas le vôtre, il est par contre celui de milliers de « dublinés », qui chaque jour sont confrontés à une politique européenne profondément injuste.

Cette politique européenne, vous n’êtes pas obligé de l’accepter sans réagir.

Ce règlement Dublin n’est pas obligatoire. Son article 17 l’indique précisément : les Etats peuvent accepter d’étudier une demande d’asile, donc de ne pas appliquer ce règlement.

Il est injuste, il ne respecte pas les droits de l’Homme, il coute très cher sans rien changer au nombre de demandeur d’asile… il n’y a aucune raison objective de se résigner.

Vous n’accepteriez pas d’être confronté au scénario que vous venez de lire. 

Vous pouvez agir pour refuser que les étrangers y soient confrontés : 

  • Interpellez votre Préfet pour lui signifier que vous souhaitez qu’il n’applique pas le règlement Dublin
  • Interpellez vos eurodéputés pour leur indiquer que vous souhaitez une politique d’immigration respectueuse des droits de l’Homme et du droit d’asile
  • Rejoignez une des nombreuses associations qui accompagnent les demandeurs d’asile dans la défense de leurs droits fondamentaux 

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M. Macron, quand est-ce que vous vous faites greffer des c******s ?

25 septembre 2018 Exilés, Extrême droite, Préjugés Comments (1) 851

M. le président, j’espère que vous m’excuserez l’utilisation de cette expression affreuse et que je n’apprécie pas. N’y voyez pas un manque de respect, mais l’expression d’une colère qui ne trouve pas d’autres mots pour l’exprimer.

J’ai voté pour vous au second tour de l’élection présidentielle. Pas par adhésion à votre programme, mais parce que je vous ai cru, naïvement, quand vous aviez déclaré en janvier 2017 que votre projet était, je vous cite : «  un rempart à un parti qui porte la haine, l’exclusion et le repli* ». Pour être tout à fait franc, j’aurais préféré un autre rempart que vous au second tour, mais je n’ai pas hésité une seconde au moment de glisser votre bulletin dans l’urne.

Un an et demi plus tard, vous vous posez en « opposant principal » d’Orban et de Salvini**. Cette fois, désolé mais je ne vous crois plus sur parole, il faut des actes.

En 1951, la France a signé la convention de Genève relative au statut de réfugié, la France s’est engagé à accorder une protection aux personnes étrangères qui craignent la persécution. En 2018 il y a des hommes, des femmes et des enfants qui demandent à la France et à l’Europe de leur accorder une protection, et la France et l’Europe les laissent mourir en mer avant même d’étudier leur demande. La France ne respecte plus la convention qu’elle a signé. Il y a eu plus de 5000 morts en Méditerranée en 2016, plus de 3000 en 2917, et déjà plus de 1700 cette année.

Une étude de l’Union Européenne l’a démontrée, 90% des personnes qui ont obtenu une protection sont entrées illégalement en Europe. Pas par choix, mais parce que l’Europe refuse encore et toujours d’ouvrir des voies légales d’immigration, forçant ainsi ces personnes à prendre des voies de plus en plus dangereuses.

Cette année, 1 personne sur 18 meurt pendant la traversée, selon le HCR. C’est le résultat du durcissement de la politique européenne, qui entrave les missions des bateaux des ONG.

Ceux qui font le jeu des passeurs, ce ne sont pas les ONG, mais les états qui refusent d’ouvrir des voies légales d’immigration. Et ne me répondez pas en mettant en avant les missions de relocalisation qui ont été mis en place depuis 2015, ils étaient déjà insuffisants à leur origine et ni la France ni l’Europe n’ont respecté leurs objectifs.

En 1951, la France s’est engagé à accorder une protection aux personnes étrangères qui craignent la persécution, par exemple ceux qui craignent la prison en raison de leurs idées politiques, comme cela arrive dans certains pays. Le 11 septembre 2018, M. Collomb, votre ministre de l’intérieur, a envoyé aux préfet une instruction relative aux nouvelles dispositions applicables immédiatement, suite à la promulgation de la nouvelle loi sur l’asile et l’immigration. L’une de ces mesures permet d’emprisonner pendant 3 ans les demandeurs d’asile qui refuserait d’être expulsé vers un pays dirigé par l’extrême-droite, comme l’Italie, ou un état qui menace de le renvoyer dans le pays qu’il a fui pour échapper à la prison, la mort ou la misère.

Avez-vous conscience de l’absurdité de la situation ? En France, nous n’emprisonnons pas les opposants politiques, heureusement, mais nous pouvons emprisonner les demandeurs d’asile qui refusent de se soumettre à un règlement européen dont vous avez vous-même dit, en janvier 2017, qu’il avait des « effets pervers »*** ?

Il y a aujourd’hui, en Europe et en France, des hommes et des femmes politiques qui instrumentalisent la peur des étrangers à des fins idéologiques et dans le but d’accéder au pouvoir.

L’histoire bégaye, l’Europe perd la mémoire. Mais tôt ou tard, l’histoire jugera. Le rôle des dirigeants européens et des préfets en France sera difficile à éluder.

Il est temps de poser des actes, si comme vous le dites votre projet est un réel rempart à la haine, l’exclusion et le repli. Vous répétez que la solution doit être européenne, vous avez raison. Mais il faut qu’un état montre l’exemple, et la France s’honorerait à être celui-ci.

Accueillez l’Aquarius, acceptez sa demande d’accoster à Marseille, et allez même plus loin : accordez-lui le pavillon français ! Les marins des bateaux de ces ONG sauvent l’honneur de l’Europe, il est temps de reconnaître leurs actions.

Il est aussi temps de reconnaître que la France n’a pas pris sa part dans l’accueil des exilés, qu’elle n’est qu’en 13eposition au rang européen en termes de nombre de personnes accueillies au regard de sa population.

Il est temps de montrer l’exemple, d’expliquer que personne ne nous demande d’« accueillir toute la misère du monde », mais juste de faire preuve d’humanité en accueillant les hommes, femmes et enfants qui ont eu la malchance de ne pas naître au bon endroit. Aucune faute commise, aucune responsabilité à leur faire porter, aucune raison de leur barrer la route.

Vous avez reproché il y a quelques jours à un jeune horticulteur de ne pas traverser la route pour chercher un emploi dans la restauration.
Ne laissez pas sans réponse les hommes, femmes et enfants qui traversent la mer au péril de leur vie, dans l’espoir d’une vie meilleure.

M. le Président, il est temps de mettre en accord vos paroles et vos actes, et à défaut de greffe intime, de faire enfin preuve de courage.

 

 

* http://www.francesoir.fr/politique-france/pour-macron-son-programme-est-un-rempart-face-la-haine-exclusion-et-le-repli-fn-front-national

** http://www.lepoint.fr/monde/macron-endosse-le-role-d-opposant-principal-a-orban-et-salvini-29-08-2018-2246782_24.php

*** https://www.euractiv.fr/section/elections/news/a-berlin-macron-plaide-pour-un-%E2%80%89schengen-renforce%E2%80%89/

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François Héran – Migrations et sociétés

13 septembre 2018 Exilés, Préjugés Comments (0) 2228

« Tachons donc de tenir à nos concitoyens un discours de raison plutôt qu’un discours de peur. Seul une lecture hâtive de Michel Foucault pourrait nous faire que la statistique serait un instrument de domination de l’état, un outil de benchmarking au service de la mondialisation. Le péril n’est pas la gouvernance par le nombre mais la diversion par les chiffres. Utilisons la science du nombre pour établir les faits. Tracer les causalités, mesurer l’écart de la réalité à l’idéal. Idéal d’égalité, de cohésion sociale, de non-discrimination : l’idéal républicain. Compter n’est plus secret d’état ou un monopole divin, comme dans l’histoire de David châtié par Yahvé pour avoir osé recenser son peuple. Nous avons le droit de quitter les ruelles de notre quartier, de monter au beffroi pour prendre une vue d’ensemble de la cité, cartographier le monde et nous situer. Quitte à remplacer l’image du beffroi par celle du GPS. En bonne démographie, et en bonne démocratie, ce n’est pas pour dominer que l’état doit compter. C’est pour rendre des comptes. C’est pour être comptable au double sens du terme. Comptable de ses actes sous le regard des citoyens, et capable de compter, selon les règles de l’art. Ce à quoi les scientifiques veillent. D’où l’importance par exemple de savoir raisonner à population égale et non en chiffres bruts. Cela vaut pour toute institution. Quand le programme Missing migrants recense les milliers de morts sur la route de l’exil, il met l’Europe en face de ses responsabilités. Il nous met tous en face de nos responsabilités. L’immigration est l’œuvre des migrants, des exilés mais c’est aussi la nôtre. On emmena un jour Maurice Ravel au concert, alors qu’il était très atteint par la maladie. Elle est belle cette musique, de qui est-ce ? On dû lui répondre « C’est vous qui l’avez composé ». Cette histoire serre le cœur, que le génie soit diminué au point de ne plus reconnaitre ses œuvres. Il semble que nous souffrions de la même maladie vis-à-vis de l’immigration. C’est nous qui l’avons composé et nous l’avons oublié. Elle est largement le sous-produit des incursions des nations européennes dans les pays du sud, du levant et de l’orient. Elle est aussi une façon, pour les hommes et les femmes qui migrent, de réagir, de répondre au système mondial des inégalités dont nous ne pouvons pas nous exonérer. Et c’est le contrecoup enfin des exigences de notre contribution à la formation des droits universels. Nous avons fini par comprendre qu’une vie de famille nourrie par le travail vaut mieux qu’une vie de labeur sacrifiant la vie familiale, et que cela valait aussi pour les immigrés. Nous devrions reconnaitre là notre œuvre au lieu d’y voir une contrainte extérieure. Comment imaginer que des principes universels, proclamés à la face du monde puissent tourner à notre seul avantage. Quel sens y aurait-il à prôner une universalité fermée ? la France ne peut protéger sa vision de l’universel sans expérimenter en retour une diversification sensible de son paysage social. Saura-t-elle intégrer à son « récit national » les multiples interactions qui en France comme ailleurs mettent les migrations au cœur des sociétés et le feront toujours d’avantage. »

Ce texte est une retranscription de la conclusion du discours inaugural de François Héran, nouveau titulaire de la chaire « Migrations et sociétés » du Collège de France, le 5 avril 2018. François Héran est agrégé de philosophie, sociologue, anthropologue et démographe. Il est le meilleur rempart contre la « politique d’opinion », les a priori idéologiques.

La vidéo ci-dessous reprend 45 minutes de son brillant discours inaugural.

La version complète est consultable ici :
https://www.youtube.com/watch?v=Ka53qgPUoYE

François Héran a déjà donné 3 cours, passionnants, qui intégralement accessibles en vidéo.

1er juin 2018 : Le savant, le politique et le populaire : quel vocabulaire pour les migrations ?

 

4 juin 2018 : Les migrations à l’échelle mondiale : logiques ordinaires et logiques de crise

 

13 juin 2018 : Les ordres de grandeur des migrations : réalités et perceptions

En janvier 2019 sont prévus plusieurs autres cours sur le thème :
Logiques migratoires : pourquoi partir ? Pourquoi rester ?

Tous les détails : https://www.college-de-france.fr/site/francois-heran/course-2018-2019.htm

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La réalité (de la manipulation des chiffres) de l’immigration en Europe

21 juin 2018 Exilés, Préjugés Comments (1) 2160

Depuis la polémique autour de l’Aquarius, refusé par l’Italie, le gouvernement communique beaucoup en tentant de faire passer la France pour un pays accueillant, qui « prend sa part » dans l’accueil européen. Cette communication est bien vérouillée, habile, mais très souvent particulièrement malhonnête, si on prends le temps de se pencher sur la réalité des chiffres.
Quelques exemples…

Ce chiffre rejoint ce qu’à déclaré Didier Leschi, directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) : « L’Italie a délivré moins de titres de réfugiés que la France, 33 000, alors que nous c’était 40 000 ».

Que ce soit M. Macron ou M. Leschi, les chiffres avancés sont exacts, mais ne sont pas objectifs. Tel quel, ils laissent à penser que la France est un « bon élève » européen en terme d’accueil des demandeurs d’asile. C’est ce que tente d’affirmer Benjamin Griveaux quand il déclare :

La manipulation vient du fait que ces affirmations se basent sur des données très incomplètes, et ça n’est evidemment pas innocent. Regardons en détail les statistiques européennes de 2017, disponibles publiquement sur le site Eurostat.
Pour ne pas fausser les comparaisons, partons des 10 premiers pays d’accueil en Europe, c’est à dire ceux qui ont reçu plus de 15 000 demandes d’asiles. Si on s’en tient aux seuls chiffres dont parle gouvernement, en effet la France est « bien placée » en terme d’accueil :

Bien que très loin derrière l’Allemagne, nous sommes au 2e rang en terme de nombre de demandes d’asile déposées.
En terme de nombre de demandes d’asile accordées, nous sommes aussi au 2e rang :

Si l’on s’en tient aux 2 tableaux ci-dessus, comme le font M. Macron, Leschi et Griveaux, nous sommes en effet un pays qui « prend sa part » dans l’accueil des exilés. Mais pour être objectif, il ne faut pas prendre en compte le seul chiffre des demandes d’asile accordées, il faut le rapporter à la population du pays. Das ce cas, ni nous regardons le nombre de statut de réfugiés accordés par centaine d’habitant, nous redescendons à… la 7e position !

Et pour bien faire, il semble aussi nécessaire de prendre en compte le PIB du pays, et là, nous redescendons encore d’un rang, en 8e position :

 

Autre indicateur qui permet d’objectiver notre responsabilité dans l’accueil des demandeurs d’asile, le taux d’accord du statut de réfugié. Et là, nous redescendons… en dernière position :

Ce qui est assez révélateur sur l’objectivité et l’honnèteté de nos dirigeants, quand il ne se basent que sur les chiffres incomplets qui les arrangent, afin de faire croire que la France est un pays qui « prend sa part » dans la politique européenne d’accueil des exilés.

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On ne peut pas accueillir toute la misère du monde

24 mai 2018 Exilés, Préjugés Comments (0) 1509

Tout le monde connait cette citation, tronquée, attribuée à Michel Rocard, mais dont l’origine est incertaine. Qu’importe, cette phrase est devenue classique et répétée, reprise par les médias, dans les discussions, comme une maxime qui se veut réaliste et résignée. Personne ne la discute plus, au mieux lui est ajouté « mais nous devons en prendre notre part », histoire de relativiser, d’amenuiser le sens premier.

Cette phrase, « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde », est presque arrivé au rang de proverbe, expression d’une vérité d’expérience, une sagesse pratique.

Pourtant, si on prend le temps de s’attarder sur sa forme, sur les mots employés, si on la déconstruit un peu, elle révèle très vite une malhonnêteté profonde. Cette phrase est un parfait exemple de ce que les mots peuvent avoir comme pouvoir néfaste, quand ils sont employés à mauvais escient.

Cette phrase est un mensonge, une manipulation, pas seulement dans ce qu’elle affirme, mais dans sa forme.

« On ne peut pas accueillir toute la misère du monde »… qu’est-ce que c’est, d’abord, « la misère du monde ». Est-ce qu’il n’est pas déjà honteux de le formuler ainsi alors qu’on parle d’hommes, femmes et enfants. Parce qu’il n’est pas ici question d’une « chose » immatérielle, informe, impersonnelle.
« LA misère du monde ». Non. Non, ici il est question des hommes, femmes et enfants qui ont eu la malchance de ne pas naitre au bon endroit. Aucune faute commise, aucune responsabilité à leur faire porter. Comme le dit la chanson, « être né quelque part, pour celui qui est né, c’est toujours un hasard ». Juste le hasard, la destinée, un coup du sort, qui fait qu’un être humain voit le jour dans un endroit où il ne fait pas bon vivre.

Et cet endroit, ce lieu de naissance qu’on a pas choisi, il sera d’autant plus fermé si la vie y est difficile.

Un européen pourra se rendre en moyenne dans 170 pays sans même avoir besoin d’un visa.

Pour un Soudanais, 40 pays seulement seront accessibles, et aucun de ces pays n’est européen. Pour un Afghan, les possibilités sont encore plus restreintes, seulement 24 pays. Il est bien sur toujours possible de demander un visa pour ces pays inaccessibles. Le demander est possible, oui. L’obtenir, non. A moins d’avoir de l’argent, beaucoup d’argent.

Donc si vous êtes né au Soudan du Sud, ou la moitié de la population souffre de malnutrition, ou les combats et la famine ont entraîné le déplacement de centaines de milliers de personnes, vous ne pouvez obtenir de visa pour venir légalement en Europe. Pas d’autre choix que de tenter sa chance en traversant le désert du Sahel, la Lybie et ses prisons, la traversée de la méditerranée, qui se transforme en cimetière pour des milliers de personnes. Puis l’Italie, ou vos empreintes seront prises de force, et enfin, peut-être la France, si vous avez la chance de ne pas croiser une milice privée de jeunes gens privilégiés, tout de bleu vêtu. Parce que vous serez devenus un « clandestin » qui a franchi une frontière illégalement. Vous ne demandiez pourtant que ça, vous, de venir légalement.

Si vous êtes né en Albanie, vous vivrez en dessous des conditions minimales de survie. Vous n’aurez pas de quoi faire vivre dignement votre famille, vos enfants. Vous aurez par contre la chance de pouvoir venir en France sans visa… mais vous n’aurez pas le droit d’y rester.

Si vous êtes né au Mali, vous aurez peu de chances de poursuivre des études. Vous aurez beau traverser la Méditerranée, risquer votre vie pour venir en France, pour pouvoir aller à l’école, pour devenir quelqu’un. La France refusera.

Elle refusera parce que… parce que vous êtes « la misère du monde ». C’est comme ça qu’elle vous appelle, la France. Et elle dit que la misère du monde, on ne peut pas l’accueillir. Elle se cache derrière cette phrase malhonnête.

S’il fallait être juste, elle bannirait cette phrase, elle l’interdirait, même.

Si elle assumait, elle dirait : « On ne veut pas aider les hommes, femmes et enfants qui n’ont pas le même confort de vie que nous, même s’ils meurent de faim ou sous les bombes. »

Mais c’est plus difficile à dire, à assumer. C’est pourtant la vérité, mais la vérité est plus difficile à regarder en face.

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La France accorde facilement le droit d’asile

21 septembre 2016 Exilés, Préjugés Comments (0) 498

« Le droit d’asile est devenu tellement souple qu’il est devenu une nouvelle filière d’immigration clandestine »

« Droits d’asile : les Français condamnés à payer la facture du laxisme socialiste »

« Une preuve de plus que sur les questions de demande d’asile et de réfugiés, les pays de l’UE sont peu regardants sur les profils des individus qu’ils accueillent. »

 

Voici quelques exemples de phrases qu’il est possible de lire sur les sites d’extrême-droite, et qui insinuent qu’il est « facile » d’obtenir le droit d’asile en France et en Europe. Cette procédure est imparfaite, il y a beaucoup de critiques à en faire, mais pas celle du laxisme.

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On en fait plus pour les migrants que pour les français

18 septembre 2016 Exilés, Préjugés Comments (0) 737

« Avant d’aider les migrants, vous feriez mieux de vous occuper des Français qui en ont besoin. »

Argument récurrent… dès que vous parlez de votre engagement envers les migrants !
Si ceux qui l’utilisent fréquentaient un peu plus les associations humanitaires, ils auraient constaté qu’on y retrouve généralement les mêmes personnes que dans les assos d’aide aux migrants. Je n’ai jamais entendu quelqu’un dire qu’il voulait aider les migrants mais pas les Français. Il est fréquent également de mettre en balance le nombre de migrants et le nombre de SDF… en oubliant de préciser qu’il y a un grand nombre d’étrangers parmi les SDF. Les associations qui les aident ne font pas de différence : une personne à la rue est une personne à la rue, qu’elle soit Française, Basque, Bretonne, Italienne, Roumaine, Kurde, Afghane ou Syrienne.

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