Marine Le Pen – La mécanique de la haine#2

22 juillet 2020 Extrême droite, Revue de presse Comments (0) 598

#OnVeutLesNoms, ou comment le Rassemblement National méprise la justice et les victimes.

Depuis quelques jours, l’extrême-droite réclame que soient communiqués les noms des suspects dans certains fait divers. Le hashtag #OnVeutLesNoms se répand, généralement accompagné de #JusticePour(le prénom des victimes), transformant les réseaux sociaux en tribunal populaire nauséabond.


Damien Rieu, alias Damien Lefevre, salarié du Rassemblement National (assistant parlementaire de Phillipe Olivier), lance même des appels aux forces de l’ordre afin qu’ils leur communique ces informations… ce qui est un appel à transgresser le code de déontologie des policiers et gendarmes (source) !

Le Rassemblement National se drape dans une posture de défenseur de la justice, posture particulièrement indigne si on prends un peu de temps pour analyser leurs méthodes et leur indignation sélective.

Prenons l’exemple du décès d’Axelle, jeune femme qui a été renversée et trainée par des chauffards : ce drame est particulièrement scandaleux, l’attitude des 2 jeunes qui étaient au volant est inqualifiable. Il faut espérer en effet que la justice les condamnent à la hauteur de leur geste.
Mais l’extrême-droite est-elle légitime à accuser de partialité les médias, quand on voit comment ils « sélectionnent » les victimes à soutenir ?

5 exemples parmi d’autres :
Avril 2020, Younes, adolescent de 15 ans, est renversé par une voiture en Haute-Savoie. Il est retrouvé dans un fossé, la voiture a pris la fuite. Il décède quelques jours plus tard (source).

7 juin 2020, à Nantes, un homme de 30 ans décède après avoir été fauché par une voiture, qui a ensuite pris la fuite (source).

13 juillet 2020, 2 personnes agées sont renversées par une voiture à Albi. Ils décèdent tous les deux. La conductrice était sous l’emprise de l’alcool et de la cocaïne (source).

17 juillet 2020, un enfant de 10 ans est renversé par une voiture qui prend d’abord la fuite. Après avoir été en état critique, sa situation semble se stabiliser. Ce garçon et sa famille vivent actuellement un centre pour demandeur d’asile, à Compiègne. Le chauffard se rend finalement à la police (source).

20 juillet 2020, une fillette de 6 ans décède, après avoir été percutée par une voiture qui a pris la fuite, à Aubervilliers (source).

Ces 5 drames ont un point commun : aucune réaction de l’extrême-droite.
Pas de hashtag réclamant justice, dénonçant l' »ensauvagement » de la France ou réclamant les noms des suspects.

Comment expliquer cette indignation sélective, si ce n’est par souci de récupération indécente ? Comment Marine Le Pen ose-t-elle parler de « justice », quand elle demande les noms des suspects pour en identifier leur supposée origine, ce qui est contraire au valeurs d’équité de la justice ?
Comment Marine Le Pen ose accuser d’impartialité quand elle-même « sélectionne » les drames auxquels apporter son soutien ?

Demander les noms des suspects, instrumentaliser ces drames à des fins politiques, ignorer les victimes quand les coupables n’ont pas de prénoms à consonnance étrangère, ne démontre qu’une chose : le Rassemblement National n’est pas un parti républicain et piétine les victimes et la justice.

Chaque jour qui passe le Rassemblement National démontre un peu plus son indécence.

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La mécanique de la haine

14 juillet 2020 Extrême droite Comments (0) 1219

Quand le Rassemblement National diffuse la photo d’un innocent et l’accuse d’assassinat.

Dimanche 5 juillet 2020 à Bayonne, Philippe Monguillot, un chauffeur de bus de 59 ans est passé à Tabac par plusieurs personnes qui n’avaient pas de titre de transport. Une agression si violente qu’il sera hospitalisé en état de mort cérébrale, puis décédera vendredi en fin de journée. Une mort inacceptable, tout comme celles de Mélanie, jeune gendarme fauchée par un chauffard qui tentait d’échapper à un contrôle routier le 4 juillet, ou Thomas, jeune homme décédé le 11 juin après avoir été agressé à Sarcelles par un homme sorti depuis peu de prison.

Ces 3 drames ont en commun de faire l’objet d’une récupération indécente par l’extrême-droite qui n’hésite pas à les instrumentaliser afin d’alimenter une mécanique de la haine ordinaire à des fins électoralistes. Quitte à ne pas respecter la volonté des familles, quitte à ne plus respecter les lois.

Vendredi 10 juillet, en milieu de journée, Marine le Pen a posté sur sa page Facebook la photo de 2 hommes, accompagné de ces mots : 

« Philippe, Mélanie, Thomas et tant d’autres… En France, #LaRacailleTue et ses victimes n’ont pas l’honneur des « unes » de journaux, des tribunes complaisantes de stars et de visites politiques.
Il est temps que la peur change de camp !
Voici la photo de deux des quatre assassins du chauffeur de bus de Bayonne. »

Dans sa publication originale, les photos ne sont pas floutées, les 2 personnes sont facilement reconnaissables.
Les réactions en commentaires s’enflamment, plusieurs centaines puis rapidement plusieurs milliers. Plus de 8000 partages en 3 heures, plus de 7 000 commentaires, la plupart ouvertement racistes, parfois doublés d’appel au meurtre :

« Qu’on les exécute tout de suite », « Crevez pourriture humaine », « Une cartouche de chevrotine dans la tête », « Il faut tiré à vue point pas de jugement », etc.

Or rapidement des commentaires indiquent que la personne de droite sur la photo n’a aucun lien avec l’assassinat du chauffeur de bus de Bayonne.

Non seulement Marine Le Pen n’a pas respecté la présomption d’innocence, mais en plus elle a qualifié d’assassin et diffusé la photo d’une personne par erreur. 

Ce n’est que vers 18h que sa publication est modifiée, en supprimant la photo en question.

Pas un mot d’explication ni d’excuse.

D’où viennent ces 2 photos, qui les a diffusé en premier ? Difficile à dire, une des premières diffusions semble avoir été sur le site internet de la « Ligue de la défense juive« , organisation néosioniste d’extrême-droite, le 9 juillet (ou elle est d’ailleurs encore visible). Elle a ensuite été rapidement relayé par divers compte sur les réseaux sociaux, notamment par Thaïs d’Escufon, militante de Génération identitaire, sous-marin du Rassemblement national.

Damien Rieu, co-fondateur de ce groupuscule d’extrême-droite, indiquait le 11 juillet dans un tweet qu’ils avaient été « obligé » d’enquêter pour trouver les noms des assassins, il reconnait qu’ils se sont trompés sur une des personnes. Là encore, aucun mot d’excuse.

Damien Rieu, alias Damien Lefèvre prétend ne plus faire partie de Génération identitaire depuis 2015, mais il a pourtant eté condamné avec d’autres à 6 mois de prison ferme, 5 ans de privation de droits civiques, pour l’opération « Defend Europ » dans les Alpes, début 2018. Ces peines sont suspendues le temps de l’appel qu’ils ont déposés. Début 2018 il ne faisait donc officiellement plus partie de ce groupuscule et aurait participé à l’opération en tant que « prestataire », donc contre rémunération. Quelques mois plus tard il devient assistant parlementaire de Gilbert Collard puis en 2019 de Philippe Olivier, tous les 2 membres du Rassemblement National. Il est donc toujours aujourd’hui salarié du Rassemblement national.

La publication de Marine Le Pen est partagée plus de 10 000 fois en quelques heures, notamment par plusieurs cadres du Rassemblement national :  Jordan Bardella, Eléonore Bez (conseillère régionale PACA), Isabelle Surply et Thibaut Monnier (conseillers régionaux Auvergne-Rhône-Alpes), mais aussi Gilles-William Goldnadel (médiatique avocat habitué des plateaux de Cnews et RMC) ou Thomas Joly (président du « Parti de la France »).

Sources : Recherches personnelles / Romain Jeanticou

Ce n’est que 2 jours plus tard, ce dimanche 12 juillet, que Marine Le Pen supprime enfin son post, mais le mal est fait, la photo circule et circulera sur le net pendant des années, associant à tort un jeune homme à un lâche assassinat.

Nous en sommes là : une candidate aux élections présidentielles française se permet de diffuser des photos de personnes en les qualifiant d’assassins, sans aucune vérification.

En faisant mine de dénoncer la violence, elle la nourrit. Elle appelle à la haine afin de satisfaire ses ambitions électoralistes.

Ce faisant, elle enfreint la loi à plusieurs reprises. Tout d’abord, en qualifiant les personnes d’assassins, elle ne respecte pas la présomption d’innocence, garantie la déclaration des droits de l’Homme, le code civil et le code de procédure pénale :

« Toute personne suspectée ou poursuivie est présumée innocente tant que sa culpabilité n’a pas été établie. Les atteintes à sa présomption d’innocence sont prévenues, réparées et réprimées dans les conditions prévues par la loi. ».

https://fr.wikipedia.org/wiki/Présomption_d%27innocence_en_droit_français

Marine le Pen entretient une ambiguïté volontaire en parlant de « racaille », de « sauvagerie », de « camps », pour éviter de tomber dans l’incitation à la haine raciale, mais les milliers de commentaires racistes sur sa page Facebook ne laissent aucun doute sur ses objectifs à peine masqués.

Bien pire encore, en accusant à tort la personne de la photo de droite, elle se rend coupable de diffamation.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Diffamation_en_droit_français

En laissant plusieurs heures ses électeurs se répandre en menaces et injures, puis en les supprimant sans aucun mot d’excuse ni explication, Marine Le Pen démontre le mépris qu’elle a des lois mais surtout des personnes.

Pourtant, derrière ces photos il y a des hommes, des familles, des proches. Une sœur et un frère du jeune accusé à tort témoignent :

Comment avez-vous découvert que la photo de votre frère circulait sur internet, le désignant comme étant un des assassins de Philippe Monguillot ?
Samia* : « C’est notre mère qui m’a appelé pour me le dire, il devait être 8h du matin, elle était effondrée. C’est une amie à elle qui l’avait appelé un peu avant, pour la prévenir qu’il y avait la tête de son fils sur Twitter. Je n’avais absolument rien vu, j’ai contacté ma nièce qui est sur ce réseau social, elle a vérifié et elle m’a confirmé ça, il y avait déjà plus de 1000 partages. J’ai appelé mon frère, nous savions qu’il ne pouvait pas être lié à cette affaire, le jour du drame il était avec sa chérie. Quand nous l’avons eu il était déjà en route pour le commissariat pour déposer plainte mais comme il n’avait pas sur lui de pièce d’identité à jour ils lui ont demandé de revenir plus tard, ce qui va être fait. »

Djibril* : « C’est ma sœur qui m’a averti, en m’envoyant le post de marine Le Pen. »

Quelles ont été les réactions de votre entourage proche, de vos connaissances ?
Djibril : « Ma mère a été profondément choquée, elle était submergée. Elle a laissé un message sur mon répondeur mais je ne l’ai eu que le lendemain. Elle a eu peur, extrêmement peur jusqu’à ce qu’arrive le démenti. Moi j’étais indigné. Ces procédés du Rassemblement national, on en a l’habitude, ce sont des ficelles qu’utilisent certains partis politiques et qui sont aussi utilisées par des mouvements radicaux religieux qui manipulent en cherchant ce qu’il y a de plus bas chez l’être humain afin d’asseoir leur pouvoir, cela mène toujours à la tyrannie et au fascisme même s’ils s’en défendent. Ma première réaction a surtout été de savoir comment je pouvais protéger la sécurité de mon frère. Même si ça avait été lui, pour moi on est dans un état de droit et on n’a pas à diffuser des images comme ça. »

Samia : « Pour ma mère ça a été très dur, j’ai demandé à ma nièce de 23 ans d’aller chez elle, j’avais peur qu’elle fasse un malaise, c’est quand même son fils qui est accusé de meurtre. Moi, je ne vais pas vous mentir, j’ai pleuré toute la journée. Pourtant on a tous déjà lu des commentaires haineux sur internet, mais là comme ça nous touchait, ça fait encore plus mal. J’ai lu des choses ultra-violentes. Depuis j’ai beaucoup de mal à dormir, je suis trop perturbée, c’est trop violent, quand en plus on n’est foncièrement pas comme ça. L’universalité, pour moi, est une vraie valeur, ça n’est pas de la poésie. Je ne cautionne pas qu’on puisse mettre des gens dans des cases, ça me dépasse donc ça me fait hyper mal. Mon frère Djibril. a peut-être plus de recul, c’est un sage, moi j’ai beaucoup de colère parce que je trouve ça inadmissible, je n’arrive pas à dépasser ça. J’ai tout de suite diffusé un démenti, expliqué qu’il y avait erreur sur la personne, mon petit frère a mis une vidéo de lui aussi et ça a commencé à tourner, nous voulions que ça cesse. Je trouve mon frère étonnamment calme, alors que les accusations sont extrêmement graves. Il m’a envoyé des captures d’écrans des menaces qu’il reçoit, malgré les démentis, il y a des gens qui lui disent que s’ils le croisent dans la rue ils lui font la peau. On a beau avoir démenti, dans la tête de certaines personnes ça reste. Que des personnes lambda aient partagé ça, ça n’est pas excusable mais je peux le comprendre en partie, sous l’émotion. Mais que des personnes politiques ou publiques le fassent, c’est quand même hallucinant. Ils n’ont même pas respecté la présomption d’innocence, il n’y a pas eu encore de jugement, il faut faire attention aux mots, quand on est une personne publique. »

Avez-vous reçu des menaces ou injures suite à cette diffusion ?
Djibril : « Mon frère a reçu des menaces, avec des gens qui ont énuméré les endroits où il se rendait. C’est un appel à se faire justice soi-même. La phrase de Marine le Pen, « Il faut que la peur change de camp », est subtilement un appel à la vengeance populaire. J’ai moi aussi reçu une menace, d’une personne qui me disant que je pourrais avoir de gros problèmes. J’ai fait les captures d’écran, je les transmettrais à la justice si besoin. Des injures, aussi, sur les réseaux sociaux.
Le racisme, on est habitué. Je ne rentre pas dans la victimisation mais il y a une grande malhonnêteté sur ce sujet. Quand on est maghrébin, il y a 30 à 40% moins de chances d’avoir un appartement, par exemple, c’est factuel. »

Samia : « j’ai eu des injures aussi, par exemple des messages comme « Les gens comme vous sont enfantés par des chiennes », « les arabes dehors », que des choses comme ça… mais je tiens à le dire aussi, il y a beaucoup de personnes qui m’ont écrit, sans me connaître, pour nous soutenir. Maintenant je commence à essayer de prendre un peu de recul, même si nous sommes encore sous le coup de l’émotion. Philippe je le connaissais, pas personnellement mais c’est un monsieur qui m’a amené au lycée pendant des années tous les jours, ensuite quand je travaillais à l’hôpital, j’ai pris le bus pendant 20 ans. J’ai déjà discuté avec lui, c’était un homme hyper ouvert, qui vient des quartiers, de la ZUP de Bayonne, il parlait à tout le monde… il avait 3 filles dont il était gaga, il me l’avait dit. Je ne dis pas ça par politesse, c’était vraiment une belle personne, donc l’émotion est hyper vive et je le comprends. Mais il ne faut pas occulter la gravité des accusations contre mon frère. Ça n’est évidemment pas comparable, mon petit frère est en vie, alors que cette famille est en deuil d’un papa, d’un mari. «  

Sa photo a maintenant été supprimée du compte de Marine Le Pen, avez-vous été contacté et reçu des excuses de sa part, ou à minima des explications ?
Samia : « Il y aurait dû y avoir un démenti, mais il n’y a eu que la suppression de la photo. »

Djibril : « Non, nous n’avons eu aucun contact. J’ai pourtant fait rapidement un démenti sur sa publication. Nous n’avons eu aucune excuse, aucune explication, mais je ne m’attendais pas à autre chose. »

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vous, votre famille ?
Djibril : « Mon père a été « invité » à venir ici, au moment où la France avait besoin de main d’œuvre, en 1968. Il a fait des travaux d’ouvrier, très pénible. Moi je suis né ici, en 74, sur le territoire français au pays basque. Je comprends le marocain mais la langue que je pratique, avec laquelle j’ai le plus de facilité c’est le français. Jusqu’à ce que je m’intéresse à mon origine, à mon identité d’arabe, vers 18 ans, mes lectures c’était Victor Hugo, Jean-Jacques Rousseau, pas les auteurs arabes. Il y a une transmission qui n’a pas été faite chez nous. Toute la famille a au moins un bac ou un bac+2. Nos valeurs, ce sont des valeurs simples, de respect. A la base nous sommes d’origine marocaine par mes parents, mais avec mes sœurs et moi ça s’est métissé très vite, dès la première génération. Chez nous on est une famille de mixité, franco-marocain, franco-vietnamien, franco-kabyle, franco-angolais… au moins 3 continents représentés. Pour ma part, je suis marié à une française. Nos valeurs familiales sont des valeurs communes à l’être humain, de respect d’entraide, de solidarité. Ça a été à un moment une grande question, l’identité, mais aujourd’hui je n’ai pas d’identité particulière. Quand je suis en France, pour certains je suis un « bougnoule » et quand je vais au Maroc pour certains, je suis « un enfant de l’étranger « , donc toujours entre 2 cultures qui vous acceptent plus ou moins bien. Je me considère avant tout comme un humain, juste comme une personne qui habite sur terre, un passant, un être de transition. Toutes les cultures m’intéressent, mais les drapeaux, non, je suis loin de tout ça. Du racisme, il y en a eu, mais à Bayonne ça n’est pas très prégnant. Pour certaines personnes on a toujours l’impression qu’il faut montrer patte blanche, qu’on n’aura jamais de légitimité à leurs yeux. Mais j’ai cette chance de ne pas confondre les choses, j’aime la diversité. Pour moi un être humain qui commet un acte ignoble, même s’il était de mon sang, je ne pourrais pas être de son côté. Je ne suis pas communautariste, ça ne me parle pas, ce fonctionnement. Je ne pourrais pas mentir pour ne pas affecter ma communauté, je n’ai pas ces instinct clanique ou grégaire. Ce qui compte pour moi c’est la probité et le respect. Je suis très curieux des gens, savoir qui ils sont. Même une personne raciste je suis curieux de l’entendre, au-delà de ce qu’elle va me dire et de ce qui va être violent, j’entends la souffrance. Mais je ne me laisse pas faire pour autant. « 

Samia : « Je suis aide-soignante. Nous sommes une famille « melting-pot »… entre les parents et les petits-enfants, il y a des vietnamiens, africains, espagnols, kabyles, français, marocains… Moi ce qui me chagrine aussi énormément dans tout ça, c’est que j’ai 2 garçons, de 16 et 14 ans, ce sont des enfants hyper respectueux et polis. Ils n’ont pas des prénoms et des têtes de suédois. Moi j’ai 39 ans, ça va, je peux prendre du recul aujourd’hui. Ce qui me dérange fortement, c’est qu’on puisse regarder mes enfants et les juger avant même d’avoir parlé. J’ai des tas d’anecdotes sur ce sujet, par exemple un jour à la fin d’une sortie scolaire avec d’autres parents, une maman est venue me voir en me disant : « Dis-donc je suis étonnée, ton fils qu’est-ce qu’il est poli pour un ar… » . Pour un arabe, c’est ça qu’elle allait dire. Les gens ne se rendent même plus compte, et c’est ça qui me fait mal, en fait. Je les éduque avec des valeurs de respect. Je le leur répète, si je vous entends dire que vous n’aimez pas tel camarade parce qu’il est homo, ou parce qu’il ne croit pas, ou parce qu’il est de telle couleur, je ne pourrais pas l’accepter. Mon fils ainé, il a l’âge ou il regarde un peu ce qui se passe dans les réseaux. Quand on est dans sa propre construction, de voir comment on peut être rejeté alors qu’on n’a rien fait, c’est mauvais et ça peut mener au communautarisme, et ça je ne l’accepte pas. Mes amies, c’est Caroline, Fatima, Julie, je n’ai pas envie d’avoir des enfants qui se replient sur eux-mêmes parce qu’ils ont l’impression de ne pas être accepter, il est là le danger. Notre père n’est plus là, heureusement qu’il n’a pas eu à vivre ça, c’était quelqu’un d’exceptionnel, dans la tolérance, l’amour des gens, chez nous c’était tout le temps rempli, on s’en fichait de la couleur des gens. »

Quelles leçons tirez-vous de tout ça ?
Djibril : « C’est une question intéressante mais je ne sais pas encore y répondre, c’est trop tôt. Je tiens surtout à dire que je condamne fermement ce qui s’est passé pour ce chauffeur de bus, je suis profondément attristé, choqué, cet acte-là est ignoble. Les auteurs doivent être menés devant la justice. Nous sommes dans un état de droit, leur origine, même si elle est incontestable, ne doit pas être utilisée pour attiser le feu, pour générer de la haine. Il faut faire preuve de solidarité, je transmets toutes mes condoléances à cette famille. Marine Le Pen, en utilisant ce drame pour faire le buzz, ne respecte pas cette famille endeuillée, c’est indigne. Ça n’est pas une question de couleur, si elle avait un quelconque amour pour sa propre couleur elle ne s’en prendrait pas à cette famille, ce qui démontre que ses raisonnements sont arbitraires, ils ne reposent sur rien sinon elle aurait la dignité de ne pas rajouter de l’huile sur le feu alors que des gens sont profondément attristés. C’est ajouter de la souffrance à la souffrance. Comment des gens peuvent croire à ses discours, c’est la question que je me pose. »

Samia : « Je suis dépassé par tout ça, je savais qu’il y avait beaucoup d’instrumentalisation, mais je suis dépassé par tout ce que je peux lire, à longueur de journée, ça n’arrête pas. Ça m’attriste au plus haut point de voir qu’on peut accuser des gens ans les connaître. Aujourd’hui, c’est parce que je suis encore dans l’émotion, j’ai mon ventre qui vrille, je n’ai pas encore assez de recul, je crois de moins en moins à l’humain… mais j’ai envie d’y croire quand même, parce que je reçois aussi de beaux messages, de personnes qui me disent que le pays basque ça n’est pas ça, que ça ne nous représente pas. Je préfère me rappeler de ceux-là parce que sinon ça m’attriste trop. Je vais devoir prendre un peu de recul parce que toutes les insultes me font mal, je suis encore trop dans l’émotion, je m’endors à 4h pour me réveiller à 6h et aller travailler. Mon petit frère me dit qu’il ne sort plus, pour l’instant, il a peur de se faire agresser, qu’on vienne lui parler de tout ça, qu’on le provoque. On le sait, s’il se défend ça va être détourné, c’est vraiment compliqué.

Toute cette instrumentalisation, par des partis politiques, je trouve ça inadmissible. Attiser une haine comme ça, c’est un manque de respect pour sa famille en premier lieu. Il faut les laisser faire leur deuil, je pense à eux.Quelle que soit la nationalité, on s’en fout, c’est 4 personnes qui doivent être jugées, par la justice. On peut être effondré, indigné, mais nous ne sommes pas juge. Il ne doit pas y avoir d’instrumentalisation, de quel côté que ce soit. Laissons faire la justice. »

* Les prénoms ont été modifiés

Mise à jour de l’article de 18 juillet :
Le 16 juillet, sur France2, Marine le Pen a été interrogé sur son « erreur » par Caroline Roux :

Ces propos ont été tenus dans l’émission « les 4 vérités », or ils comportent au moins 2 mensonges :

« Mon community-manager a commis une erreur de rapidité » (…) « message Facebook que je n’avais pas validé » : 1er mensonge, Marine Le Pen tente de se défausser sur ses équipes, mais qui peut croire un seul instant que ce type de publication n’est pas validée avant diffusion ? Les community-managers ont toute latitude à diffuser des contenus d’actualités, citer des propos publics, mais ne peuvent parler au nom des personnes, d’autant plus sur des sujets aussi sensibles, sans avoir la validation au préalable.

« d’ailleurs ca a été retiré immédiatement » : 2e mensonge, les photos ont été diffusées vers midi le 11 juillet. L’erreur a été signalé moins d’une heure plus tard dans les commentaires, or la photo n’a été retirée que vers 18h, comme le montre la capture d’écran plus haut, le temps pour plus de 8000 personnes de déverser leurs commentaires haineux et appels à la haine. La publication complète n’a été retirée que 2 jours plus tard. 

Outre ces mensonges, il est plus que légitime de s’interroger sur le rôle qu’a tenu le Rassemblement National dans la recherche et la diffusion de ces photos. Le 12 juillet Damien Rieu, salarié du Rassemblement National, a clairement indiqué sur Twitter avoir « enquêté pour trouver les noms ».

Espérons que la justice poussera ses recherches afin de vérifier.

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Réponse d’un droit-de-l’hommiste à un président qui méprise les valeurs de la République

5 novembre 2019 Exilés, Extrême droite Comments (0) 1392

M. Macron, vous avez accordé une interview au magazine d’extrême-droite « Valeurs actuelles ». Était-ce une erreur, un piège, je n’ai pas d’avis tranché sur cette question. Je tiens à éviter la « posture » de critique systématique, je ne suis pas en désaccord sur tout, mais certains propos que vous y tenez me semblent difficilement acceptables.

Candidat, vous avez déclaré à propos du fameux « en même temps », que cela signifiait que vous « preniez en compte des impératifs qui paraissent opposés mais dont la conciliation est indispensable au bon fonctionnement de la société ».

Cet « en même temps » est parfaitement acceptable, il induit une volonté de réalisme, un refus du manichéisme qui est salutaire. Aujourd’hui, cet « en même temps » positif s’est transformé en symptôme d’une presque dissonance cognitive, une incohérence flagrante et inquiétante entre vos paroles et vos actes.

 

Comment pouvez-vous dire : « Je tiens au droit d’asile, mais je ne crois pas du tout en revanche qu’il faille avoir un discours simplificateur sur l’immigration. Je rejoins François Héran, un de nos meilleurs spécialistes sur l’immigration, même s’il a pu être très critique sur mes propos. Lui et Patrick Weil ont montré que nous avons toujours été une terre d ‘immigration. » … et « en même temps » avoir une politique basée sur des arguments qui rejettent les données des spécialistes comme ceux que vous citez ? Quand vous dites publiquement que la France accueille plus et mieux que ses voisins européens, c’est non seulement un discours simplificateur mais aussi mensonger, François Héran l’a parfaitement explicité à plusieurs reprises.

Le Monde : François Héran : « Il est temps que nos dirigeants tiennent sur l’immigration une parole de raison plutôt qu’un discours de peur »

 

Comment pouvez-vous dire rejoindre les propos de François Héran, tout en déclarant encore que « Notre système est plus généreux. Ça ne va pas. » ? C’est faux, notre système n’est pas plus généreux que les autres pays européens. Nous avons un taux d’obtention de l’asile plus bas que la moyenne, les statistiques officielles d’Eurostat le démontrent, nous sommes au 25e rang européen en première instance, et au 13e rang en appel (source).

Vous qui croyez en l’Europe, en une solution européenne à la question migratoire, comment pouvez-vous vous faire passer pour « progressiste », alors que nous sommes, à l’échelle européenne, un « mauvais élève » en termes d’accueil des demandeurs d’asile, seulement au 15e rang si l’on prend en compte le ratio de personnes accueillies relatives à la population et au PIB ?

 

Comment pouvez-vous dire aujourd’hui, au sujet du règlement Dublin : « Il faut qu’on sorte des dogmes sur la responsabilité des pays de première entrée, sinon nous n’aurons jamais avec nous les italiens« … alors que disiez il y a quelques mois qu’il ne fallait pas revenir sur ce règlement, sous peine de déresponsabiliser les pays frontaliers (source) ?

Est-il vraiment juste de s’enorgueillir d’avoir initié, avec l’Allemagne, un accord de « mécanisme de solidarité » permettant une répartition systématique des demandeurs d’asile secourus en Méditerranée, ce qui va concerner au mieux quelques dizaines de personnes… alors que « en même temps », chaque jour la France expulse des demandeurs d’asile en Italie, au nom de ce même règlement Dublin, qui n’est pourtant pas obligatoire.

Comment pouvez-vous déclarer refuser les discours simplificateurs, alors qu' »en même temps » votre gouvernement lui-même fourni à ses parlementaires des documents mensongers afin d’orienter leurs opinions ?

Comment pouvez-vous dire que vous « tenez au droit d’asile » alors qu' »en même temps » vous en avez restreint l’accès par la une énième réforme de la loi, en multipliant les barrières juridiques et administratives ? Comment pouvez-vous laissez « Valeurs actuelles » dire « que le droit est du côté de l’immigration », alors que nous le constatons chaque jour, les Préfectures elle-même ne respectent pas la loi en termes d’accès à un titre de séjour, et quand nous le leur faisons remarquer ils nous répondent : « Ce sont les consignes » ?

  

Comment pouvez-vous dire « Le problème, c’est les plus de 100 000 demandeurs d’asile, dont une très faible minorité obtient le droit d’asile. » ? Comment pouvez-vous insinuer dans un magazine d’extrême-droite qu’une « très faible minorité » des exilés « méritent » une protection ? Vous connaissez forcément les chiffres : 35% des demandeurs d’asile obtiennent une protection en France (53% au niveau européen), et pour cela ils ont dû PROUVER qu’ils étaient en danger de mort en cas de retour dans leur pays.

Comment osez-vous parler de « détournement du droit d’asile », regretter que la France accorde trop de visas, alors que 90% des personnes obtenant une protection n’ont eu d’autres choix que d’entrer illégalement en Europe, justement parce que l’Union Européenne refuse d’ouvrir des voies légales d’immigration ?

Pour finir avec cet article, je reviens sur cette phrase : « Pendant la campagne, je les avais face à moi, ces droits-de-l’hommiste la main sur le cœur.« 

Il est particulièrement choquant que vous repreniez à votre compte la rhétorique méprisante d’extrême-droite, je me permets de vous rappeler que les citoyens attentifs au respect des droits de l’Homme sont pour l’ÉGALITÉ.

Les citoyens ayant la main sur le cœur croient dans les valeurs de FRATERNITÉ.

En une phrase, vous, président de la république, avez démontré que vous méprisiez les valeurs de la république.

Monsieur le Président, j’ai voté pour vous au second tour de l’élection présidentielle. Je ne l’ai pas fait par adéquation avec votre projet politique, mais pour faire barrage au Front National. Et je vais vous faire une confidence, j’ai même cru un instant en vous, en votre capacité de faire changer les choses, au-delà des clivages politiques.

Je n’ai de carte dans aucun parti et n’en aurais jamais.

Je ne suis ni sociologue, ni politologue, Je ne prétends pas être en mesure de juger et d’avoir un avis sur tous les sujets politique, mais depuis 4 ans j’accompagne des demandeurs d’asile dans leurs procédures. J’écoute vos propos, je suis les débats à l’Assemblée nationale, au Sénat, en Commission des lois. Je vis sur le terrain, au quotidien, la réalité des conséquences et choix politiques.

Aujourd’hui, 2 ans et demi après le début de votre mandat, je n’ai jamais aussi peu cru en la politique. J’ai constaté les mensonges dans vos documents, les manipulations, les discordances entre les actes et les paroles.

Je ne peux juger que ce qui concerne la politique d’asile et d’immigration, mais comment ne pas croire qu’il en soit de même sur tous les autres sujets ? Il ne m’est plus possible de croire en votre politique, ni dans la politique au sens large.

Je n’ai jamais considéré le Rassemblement National comme un parti politique. C’est un parti idéologique, qui a fait du mensonge un procédé de manipulation opportuniste. En procédant comme eux, vous ne leur faites pas barrage, vous cautionnez leurs méthodes et leur servez de marchepied.

Si aux prochaines élections vous vous retrouvez en face de Marine Le Pen, je ne voterais pas pour vous. Je glisserai un bulletin blanc dans l’urne, ce qui ne servira à rien, vu que vous n’avez pas retenu l’option de sa reconnaissance… 

Je crains que nous ne soyons nombreux à faire de même. Si c’est le cas, j’espère que vous vous souviendrez de vos mots d’aujourd’hui, ou vous considérez que 35% des demandes d’asile accordées constituent une « très faible minorité ». En 2017, vous avez obtenu à peine 43% des voix des personnes inscrites sur les listes.

Et si c’est Marine Le Pen qui accède à la présidence, nous serons nombreux à nous mobiliser pour dénoncer les mensonges gouvernementaux.

Vous nous aurez au moins servi d’entraînement.

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Mon Europe à moi… est ouverte et solidaire

1 juillet 2019 Exilés, Extrême droite Comments (0) 1824

Ouverte sur le monde, solidaire entre ses États-membres et solidaire avec les pays tiers.
Mon Europe à moi, elle a des frontières, mais celles-ci ne s’ouvrent pas que pour les marchandises qui vont améliorer le confort des Européens, ou pour que nos retraités aillent finir leur jour au soleil.

Mon Europe à moi n’accuse pas hypocritement les ONG de complicité avec les passeurs, elle sait que la véritable cause des morts en mer et du commerce mortifère des mafias esclavagistes, c’est le refus d’ouvrir des voies légales d’immigration.

Mon Europe à moi condamne et exclue la Hongrie, quand celle-ci criminalise l’aide humanitaire aux étrangers (1).

Dans mon Europe à moi, les partis progressistes ne soutiennent pas un règlement qui forceraient les étrangers à demander l’asile dans des pays comme la Hongrie (2).

Mon Europe à moi n’accepte pas que des pays comme la France osent bafouer la convention européenne des droits de l’Homme, en séparant de force des familles (3).

Mon Europe à moi a la même devise que l’Union Européenne, « Unis dans la diversité ».
Mais sa diversité est universelle, elle considère les différences culturelles comme une richesse, qu’elles soient de notre continent ou d’ailleurs.

Mon Europe à moi a du mal à se retrouver dans ses représentants politiques. Elle s’incarne plus dans la société civile, les milliers de bénévoles qui passent l’humain et l’environnement avant les intérêts commerciaux et qui ont compris que notre continent devait partager ses richesses avec le monde.

Dans mon Europe à moi, quand une loi est inhumaine il est juste et légitime de ne plus la respecter.

Mon Europe à moi, aujourd’hui, n’a pas de leader politique, hélas.
Mais elle est incarnée par 2 jeunes femmes courageuses, 2 capitaines qui sauvent l’honneur de l’Europe.

https://you.wemove.eu/…/for-justice-and-solidarity-free-car…

(1) https://www.lemonde.fr/…/la-hongrie-adopte-une-loi-interdis…
(2) http://www.15h52.net/reforme-du-reglement-dublin/
(3) https://www.ldh-france.org/letat-viole-la-loi-et-les-princ…/

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Plus l’émigration est vitale, plus elle est entravée

19 octobre 2018 Exilés, Extrême droite Comments (0) 1780

Clandestins. Illégaux. Voici comment certains appellent les étrangers qui demandent à l’Europe de leur accorder une protection.

Quant à ceux qui les aident, ils sont forcément des utopistes naïfs inconscients, qui participent à l’ « invasion » de la France et de l’Europe. Au pire, des « collabos », des complices de la traite humaine, voire du terrorisme… des « pro-migrants islamo-gauchistes ».

Nous sommes enfermés dans un discours manichéen, une vision bipolaire d’un sujet qui est pourtant infiniment complexe, pour lequel il est impossible de faire l’impasse d’une réflexion de fond. Au lieu de se poser la (mauvaise) question de savoir si on est « pour » ou « contre » la migration, il est important d’essayer d’avoir une vision la plus neutre et objective possible.

Nous sommes un peu plus de 7,5 milliards d’habitants dans le monde, répartis dans un peu moins de 200 pays. Les inégalités mondiales se creusent au fil du temps. Un des indicateurs permettant de le mesurer est le PIB par habitant.

La carte ci-dessous permet d’avoir une vue globale des disparités entre pays et continents :

 

Plus précisément, ce graphique permet de comparer le PIB par habitant en Europe, en France et dans les 10 premiers pays d’origine des demandeurs d’asile de ces dernières années :

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_par_PIB_par_habitant

 

La carte ci-dessous, qui indique les risques sécuritaires et politiques, montre bien la corrélation entre l’économie et la sécurité :

Source : https://www.controlrisks.com/riskmap-2018/maps

 

Autre inégalité encore plus flagrante, celle de la mobilité. Ci-dessous une carte du monde qui montre les différences de « puissance » des différents passeports :

Source : https://www.passportindex.org/byRank.php

En tant que Français, je peux accéder à 188 pays sans même avoir besoin d’un visa. Ne fuyant ni la guerre ni la misère, toute installation dans un autre pays ne serait rien d’autre qu’une emmigration économique, ou « de confort ». Un Afghan, lui, ne peut se rendre que dans une trentaine de pays sans visa, et aucun de ces pays n’est européen. Idem pour un Soudanais.

Ce qui démontre le paradoxe suivant : nous « condamnons » l’émigration économique, mais nous sommes les premiers à la pratiquer. Et plus l’émigration est vitale, plus nous l’entravons.

En 1951, la France et beaucoup d’autres pays ont signé la convention de Genève relative au statut de réfugié, nous nous sommes engagés à accueillir et accorder une protection aux personnes qui fuient les persécutions. Aujourd’hui, l’Europe ne respecte plus ses engagements. Une étude du centre de recherche de l’Union Européenne indique que 90% des personnes qui obtiennent le statut de réfugiés sont entrés de manière irrégulière en Europe. Ça n’est pas par choix, c’est la conséquence de l’incapacité des Etats membres à proposer des voies légales d’immigration. Qui peux croire un seul instant que ces hommes femmes et enfants, si elles en avaient la possibilité, ne préféreraient pas venir avec un visa, en payant un billet d’avion ou un bateau régulier, en toute sécurité ?

C’est la France, l’Europe, qui fait le jeu des passeurs en continuant de refuser d’ouvrir des voies légales d’immigration. C’est nous qui créons les conditions obligeant les personnes à entrer de manière irrégulière. C’est nous qui fermons nos frontières et laissons mourir à nos portes des milliers d’hommes, femmes et enfants. Pire, certains souhaitent entraver ceux qui, comme l’Aquarius, partent en mer pour leur mission d’assistance.

Quand l’extrême-droite parle de « clandestins », accuse les ONG de complicité avec les passeurs, elle est dans une posture d’une mauvaise foi absolue et d’une malhonneteté flagrante. C’est la même mauvaise foi absolue qui permet à certains de dire que ce serait plus « humanitaire » de ne pas aller porter secours aux embarcations au large de la Libye, ou alors de ramener dans ce pays les bateaux.

Pour se rendre compte de la lâcheté de cette solution, je vous conseille le visionnage d’une vidéo de l’asso Forensic, qui a reconstitué un sauvetage effectué par les garde-côtes Libyen, en novembre 2017. On peut y voir un bateau Libyen qui laisse se noyer 2 personnes, au minimum. Les personnes recueillies sur leur ponton sont contenues à coup de cordes. L’une d’elle préfère essayer de s’enfuir, elle saute du bateau, essaye de s’accrocher à une échelle, et les garde-côtes démarrent le bateau malgré tout. On entend un hélicoptère des autorités italienne qui implore le bateau Libyen de s’arrêter, qui leur répète par radio qu’ils sont en train de tuer un homme. Pas de réponse du bateau, qui part en relevant l’échelle. C’est un bateau officiel des autorités libyennes. Ce rapport d’Amnesty international est lui aussi édifiant.

Prétendre que c’est pour « rendre effectif le droit d’asile » qu’il faut fermer les frontières, c’est un mensonge. A l’échelle européenne, 55% des demandeurs d’asile obtiennent une protection (538 000 en 2017). Pour obtenir une protection, il a fallu PROUVER qu’un retour au pays d’origine signifiait un danger de mort.  Cela ne veut pas dire que ceux qui sont débouté du droit d’asile ne sont pas en danger de mort, juste qu’ils n’ont pas réussi à le prouver. 90% des réfugiés ont été contraints d’entrer en Europe de manière illégale. Fermer les frontières, refuser d’ouvrir des voies légales d’immigration, reviendrait à laisser en danger de mort plus de 500 000 personnes par an.

Sur l’aspect « dissuasif » qu’il pourrait y avoir à stopper les secours en mer  : il est impossible de prévoir si cela marcherait… mais il est toutefois possible d’affirmer que même si cela fonctionnait, cela prendrait au mieux plusieurs mois. Et pendant ces quelques mois, il y aurait des centaines voir des milliers de morts en mer. Depuis le début de l’année, plus de 1800 hommes, femmes et enfants ont perdus la vie en Méditerranée.

Quand les Identitaires, le Rassemblement National, et quelques autres demandent l’arrêt des sauvetages en mer, la fermeture des frontières, ils assument clairement la responsabilité de la mort de plusieurs centaines voire milliers d’hommes, femmes et enfants. Ils doivent considérer que c’est un « sacrifice acceptable ». L’histoire bégaye.

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M. Macron, quand est-ce que vous vous faites greffer des c******s ?

25 septembre 2018 Exilés, Extrême droite, Préjugés Comments (1) 1567

M. le président, j’espère que vous m’excuserez l’utilisation de cette expression affreuse et que je n’apprécie pas. N’y voyez pas un manque de respect, mais l’expression d’une colère qui ne trouve pas d’autres mots pour l’exprimer.

J’ai voté pour vous au second tour de l’élection présidentielle. Pas par adhésion à votre programme, mais parce que je vous ai cru, naïvement, quand vous aviez déclaré en janvier 2017 que votre projet était, je vous cite : «  un rempart à un parti qui porte la haine, l’exclusion et le repli* ». Pour être tout à fait franc, j’aurais préféré un autre rempart que vous au second tour, mais je n’ai pas hésité une seconde au moment de glisser votre bulletin dans l’urne.

Un an et demi plus tard, vous vous posez en « opposant principal » d’Orban et de Salvini**. Cette fois, désolé mais je ne vous crois plus sur parole, il faut des actes.

En 1951, la France a signé la convention de Genève relative au statut de réfugié, la France s’est engagé à accorder une protection aux personnes étrangères qui craignent la persécution. En 2018 il y a des hommes, des femmes et des enfants qui demandent à la France et à l’Europe de leur accorder une protection, et la France et l’Europe les laissent mourir en mer avant même d’étudier leur demande. La France ne respecte plus la convention qu’elle a signé. Il y a eu plus de 5000 morts en Méditerranée en 2016, plus de 3000 en 2917, et déjà plus de 1700 cette année.

Une étude de l’Union Européenne l’a démontrée, 90% des personnes qui ont obtenu une protection sont entrées illégalement en Europe. Pas par choix, mais parce que l’Europe refuse encore et toujours d’ouvrir des voies légales d’immigration, forçant ainsi ces personnes à prendre des voies de plus en plus dangereuses.

Cette année, 1 personne sur 18 meurt pendant la traversée, selon le HCR. C’est le résultat du durcissement de la politique européenne, qui entrave les missions des bateaux des ONG.

Ceux qui font le jeu des passeurs, ce ne sont pas les ONG, mais les états qui refusent d’ouvrir des voies légales d’immigration. Et ne me répondez pas en mettant en avant les missions de relocalisation qui ont été mis en place depuis 2015, ils étaient déjà insuffisants à leur origine et ni la France ni l’Europe n’ont respecté leurs objectifs.

En 1951, la France s’est engagé à accorder une protection aux personnes étrangères qui craignent la persécution, par exemple ceux qui craignent la prison en raison de leurs idées politiques, comme cela arrive dans certains pays. Le 11 septembre 2018, M. Collomb, votre ministre de l’intérieur, a envoyé aux préfet une instruction relative aux nouvelles dispositions applicables immédiatement, suite à la promulgation de la nouvelle loi sur l’asile et l’immigration. L’une de ces mesures permet d’emprisonner pendant 3 ans les demandeurs d’asile qui refuserait d’être expulsé vers un pays dirigé par l’extrême-droite, comme l’Italie, ou un état qui menace de le renvoyer dans le pays qu’il a fui pour échapper à la prison, la mort ou la misère.

Avez-vous conscience de l’absurdité de la situation ? En France, nous n’emprisonnons pas les opposants politiques, heureusement, mais nous pouvons emprisonner les demandeurs d’asile qui refusent de se soumettre à un règlement européen dont vous avez vous-même dit, en janvier 2017, qu’il avait des « effets pervers »*** ?

Il y a aujourd’hui, en Europe et en France, des hommes et des femmes politiques qui instrumentalisent la peur des étrangers à des fins idéologiques et dans le but d’accéder au pouvoir.

L’histoire bégaye, l’Europe perd la mémoire. Mais tôt ou tard, l’histoire jugera. Le rôle des dirigeants européens et des préfets en France sera difficile à éluder.

Il est temps de poser des actes, si comme vous le dites votre projet est un réel rempart à la haine, l’exclusion et le repli. Vous répétez que la solution doit être européenne, vous avez raison. Mais il faut qu’un état montre l’exemple, et la France s’honorerait à être celui-ci.

Accueillez l’Aquarius, acceptez sa demande d’accoster à Marseille, et allez même plus loin : accordez-lui le pavillon français ! Les marins des bateaux de ces ONG sauvent l’honneur de l’Europe, il est temps de reconnaître leurs actions.

Il est aussi temps de reconnaître que la France n’a pas pris sa part dans l’accueil des exilés, qu’elle n’est qu’en 13eposition au rang européen en termes de nombre de personnes accueillies au regard de sa population.

Il est temps de montrer l’exemple, d’expliquer que personne ne nous demande d’« accueillir toute la misère du monde », mais juste de faire preuve d’humanité en accueillant les hommes, femmes et enfants qui ont eu la malchance de ne pas naître au bon endroit. Aucune faute commise, aucune responsabilité à leur faire porter, aucune raison de leur barrer la route.

Vous avez reproché il y a quelques jours à un jeune horticulteur de ne pas traverser la route pour chercher un emploi dans la restauration.
Ne laissez pas sans réponse les hommes, femmes et enfants qui traversent la mer au péril de leur vie, dans l’espoir d’une vie meilleure.

M. le Président, il est temps de mettre en accord vos paroles et vos actes, et à défaut de greffe intime, de faire enfin preuve de courage.

 

 

* http://www.francesoir.fr/politique-france/pour-macron-son-programme-est-un-rempart-face-la-haine-exclusion-et-le-repli-fn-front-national

** http://www.lepoint.fr/monde/macron-endosse-le-role-d-opposant-principal-a-orban-et-salvini-29-08-2018-2246782_24.php

*** https://www.euractiv.fr/section/elections/news/a-berlin-macron-plaide-pour-un-%E2%80%89schengen-renforce%E2%80%89/

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(Dé)génération Identitaire

2 mai 2018 Exilés, Extrême droite Comments (0) 1068

Depuis quelques mois, grâce à des opérations médiatiques, un mouvement identitaire arrive à faire parler de lui dans les médias. Se déclarant « mouvement politique de jeunesse européen », et plus précisément dans la défense des identités locales, nationales et européennes, ce mouvement est surtout un regroupement de personnes constitué en milice privée, qui multiplie les actions médiatiques pour inciter à la fermeture des frontières et le rejet de la migration. La méthode est bien rodée : tout miser sur l’image, manipuler les informations, l’essentiel est d’être visible, même si ça coute beaucoup, beaucoup d’argent.

Décryptage de leur méthode à travers 2 de leurs actions symboliques :

 

ETE 2017 – la croisière s’amuse en Méditerranée

Génération identitaire affrète un bateau en Méditerranée pour perturber les opérations de sauvetage des ONG et repousser les embarcations de migrants venues de Libye. Au final, leur bateau n’aura croisé aucune embarcation de migrants… et les seules actions auront été de signaler aux garde-côtes libyens les positions des navires des ONG. Sachant que la position de tous les navires signalés étaient déjà connues par tout le monde.

Donc objectivement un bilan totalement nul. Mais c’est une particularité de leur méthode : quel que ce soit le résultat il suffit de communiquer triomphalement, et de dire que ça a été un succès total et indiscutable, quitte à mentir effrontément et s’attribuer n’importe quel mérite.

Par exemple, Génération Identitaire a basé la preuve de leur succès sur le fait que pendant le mois ou ils étaient présents en mer, il y a eu -76% de départs de migrants depuis le début de leur mission. Mais comme le précise cet article : « Ce pourcentage compare l’évolution du nombre de départs de migrants entre la première dizaine de jours d’août 2016 et celle de 2017. Et oublie au passage l’évolution des 12 mois intermédiaires. Or, en 2017 le nombre de départs a fortement chuté, de 53 % sur les sept premiers mois de l’année. Une chute qui n’a pas attendu la « mission » des identitaires. Sur certaines périodes la baisse entre 2016 et 2017 atteignait les à 90 %. »

Toute cette opération médiatique aura couté au moins 250 000 €

Plus d’infos : https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/migrants/recit-comment-la-croisade-des-militants-anti-migrants-du-c-star-a-tourne-au-naufrage_2321985.html

 

AVRIL 2018 – Milice privée dans les Alpes

Cette fois, Génération Identitaire bloque le passage des « migrants clandestins » dans les Alpes. Leur objectif : zéro entrée de « migrants clandestins » en France, dans le but de « défendre l’Europe ». L’objectif est déjà à la base totalement incohérent… Empêcher les demandeurs d’asile italiens de venir en France aura comme unique conséquence qu’ils continuent leur demande d’asile en Italie… donc dans un pays européen.

Comble de l’absurde, parmi l’équipe d’une centaine d’identitaires, il y avait des italiens, qui ont donc agit pour que leur pays accueille plus de demandeurs d’asile. Pour cette opération inutile, là encore tous les moyens les plus couteux sont mis en œuvre : location d’hélicoptère, de pick-up, d’avions, impression d’une bâche géante…

Mis à part poser sur les photos, tourner de belles vidéos, les seules actions concrètes à ce jour auront été de raccompagner 7 personnes au poste-frontière. Ces 7 personnes seront soit reconduites en Italie et vont pouvoir poursuivre leur demande d’asile, soit être relâchée et elles pourront déposer leur demande d’asile en France, ce que la loi permet même si on a franchi irrégulièrement une frontière.

Bref, bilan nul, et budget estimé à 40 000 euros minimum.

 

290 000 euros gaspillés

Rien que sur ces 2 opérations au bilan nul, 290 000 euros auront été gaspillés. Cette somme aurait pu permettre de payer un loyer pour héberger une famille dans le besoin, sur 40 ans. C’est aussi l’équivalent de 96 000 repas de cantine. Ce gaspillage d’argent démontre bien que le but final de Génération Identitaire n’est nullement de « défendre l’Europe », mais uniquement de satisfaire le narcissisme d’une poignée de jeunes européens.

 

Est-ce que c’est légal ?

Non, Génération identitaire à beau clamer le contraire, leur mouvement n’est pas légal. Il suffit de se référer à l’article L212-1 du Code de la sécurité intérieure.

« Sont dissous, par décret en conseil des ministres, toutes les associations ou groupements de fait :
(…) qui présentent, par leur forme et leur organisation militaires, le caractère de groupes de combat ou de milices privées ;
(…) ou qui, soit provoquent à la discrimination, à la haine ou à la violence envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, soit propagent des idées ou théories tendant à justifier ou encourager cette discrimination, cette haine ou cette violence ; »

Cette organisation relève d’au moins 2 critères qui permettent de les considérer comme un « groupe de combat ou milice privées ». Cette unique vidéo permet de n’avoir aucun doute : https://www.youtube.com/watch?v=2_q1ZyoZ_c4

 

Est-ce qu’il faut les dissoudre ?

La dissolution de ce mouvement n’est pas une fin en soi, et ne serait qu’une résolution partielle du problème. Il ne serait qu’une étape, le combat doit être global, contre la propagation des idées et théories xénophobes.

Mais nous ne pouvons accepter que notre pays tolère qu’une milice privée, qui appelle à la discrimination, continue ses actions dans notre pays, alors que la loi permet d’y mettre fin.

 

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Suspicion, rétention, expulsion

1 décembre 2017 Exilés, Extrême droite Comments (2) 5255

La politique d’immigration française dérive, même pas lentement, mais surement, vers l’inacceptable.

Dans la ligne de mire : les « dublinés », c’est à dire les étrangers victimes de ce règlement européen absurde et irrationnel qui leur impose de demander l’asile dans un pays qu’ils n’ont pas forcément choisi, et qui n’est pas forcément celui qui est prêt à les accueillir.

Nouvel épisode dans cette traque abjecte : une proposition de loi portée par des membres du mouvement « les constructifs », qui porte bien mal son nom.

La proposition de loi en question est tout aussi mal-nommée : « Proposition de loi permettant une bonne application du régime d’asile européen ».

En fait de « bonne application », il est ici tout simplement question de faire en sorte de placer en rétention plus facilement et plus rapidement les personnes en procédure Dublin. Pour résumer, la cour de cassation européenne a récemment statué sur le fait que le placement en centre de rétention des personnes dublinées était illégale, parce que conditionnée à des critères objectifs sur les craintes de fuite de la personne, absents dans le droit français.

Ce qui n’a absolument pas empêché un certain nombre de préfectures de continuer les placements en rétention, comme l’a relevé la Cimade.

Cette proposition de loi avait donc pour objectif de répondre à la cour de cassation européenne, afin de permettre à nouveau le placement en rétention des personnes dublinées, dans le but de faciliter leur expulsion. Cette proposition de loi a été adoptée le 29 novembre par la commission des lois de l’assemblée nationale*. En clair, si cette loi est adoptée définitivement, il suffira qu’une personne dise qu’elle n’est pas d’accord pour être expulsée, pour justifier son placement en rétention et la priver de liberté pendant des semaines voir des mois. Il était possible de suivre en direct les discussions, et celles-ci ont été révélatrices (l’intégralité est visionnable ici).

Dès l’introduction par le rapporteur de cette proposition, le ton est donné : M. Warsmann justifie sa proposition sur le fait de la nette augmentation des demandes d’asile, en citant des chiffres erronés. Il dit par exemple que les 25 000 dublinés estimés en 2016 font partie des 85 000 demandes d’asile déposées cette année-là. Ce qui est faux, les personnes en procédure Dublin ne rentrent pas dans les statistiques de demande d’asile de l’Ofpra.

Ce qui révèle déjà un manque de connaissance du sujet, plus que préoccupant pour un rapporteur d’une proposition de loi sur le sujet.

Dans cette même introduction M. Warsmann indique que les 25 000 dublinés de 2016 sont des personnes ayant déjà déposés une demande d’asile dans un autre pays, ce qui leur a été refusé, et qui viennent ensuite retenter leur chance en France.

Là aussi c’est faux : les dublinés ne sont pas tous dans ce cas de figure ! Cela ne concerne qu’entre la moitié et les 2/3, il est difficile d’en avoir une idée exacte : les statistiques eurostat sur le sujet font état de 8 000 dublinés dits en « catégorie 2 », c’est à dire qu’ils n’ont pas déposé de demande d’asile ailleurs, mais juste que leurs empreintes ont été prises dans un autre pays européen. Dans les 17 000 autres cas, donc pour lesquels une demande d’asile a été formulée dans un autre pays, il n’y a pas de statistiques sur le nombre de demandes « passives ». Il est très fréquent que les personnes se voient prendre leurs empreintes dans le premier pays ou elles sont contrôlées, en Italie notamment, et que cette prise d’empreintes aboutisse sur un dépôt de demande d’asile sans qu’elle n’en ait jamais formulée la demande.

Une erreur flagrante, et une approximation tendancieuse… 2 raisons qui peuvent logiquement laisser à penser que cette proposition loi a été formulée pour des raisons idéologiques plus qu’objectives.

C’est au mieux un signe d’incompétence, au pire de malhonnêteté idéologique.

Lors du débat de cette séance, il est à noter que, comme d’habitude, les mêmes députés de droite et d’extrême-droite ont brillé par leurs outrances : Eric Ciotti, des Républicains, souhaite aller encore plus loin et systématiser le placement en rétention des dublinés…

Quand à Marie-France Lorho, député d’extrême-droite du Vaucluse, son discours outrancier habituel ne varie pas : les étrangers mentent, abusent, et les français en ont marre, et il faut encore plus durcir la loi !

Marietta Karamanli (nouvelle gauche), va un peu recadrer le sujet, sans revenir sur le fond, hélas. Seul le député de la France insoumise, Ugo Bernalicis, tiens un discours allant dans un sens un peu plus humain, mais un peu maladroitement, et toujours sans revenir sur le fond et sans relever les erreurs et approximations.

Et c’est pourtant du fond qu’il aurait été important de discuter, des justifications de cette proposition de loi. En clair, cette proposition de loi vise à permettre une plus grande effectivité du règlement Dublin, et donc à augmenter le nombre d’expulsions liées à ce règlement.

Or le règlement Dublin est totalement irrationnel, et plus il est effectif plus il est irrationnel. Les personnes qui arrivent en Europe pour demander une protection doivent avoir le choix du pays à qui elle vont demander l’asile. En quoi sommes-nous légitimes à imposer dans quel pays elle doit se réfugier ?

Oui, certaines personnes font une demande d’asile dans un premier pays, ont un refus, et veulent tenter leur chance ailleurs. Là encore, en quoi sommes-nous légitimes à nous y opposer, sachant que les critères d’obtention du statut de réfugié ne sont pas uniformes en Europe ? Un afghan, à situation égale, aura 23% de chances d’obtenir le statut de réfugié en Norvège, et 82% en France. Un Somalien, toujours à situation égale, aura 32% de chances d’obtenir le statut en France, contre 82% en Allemagne (sources Eurostat).

L’Europe est incapable d’avoir un régime d’asile européen commun, et les demandeurs d’asile n’en sont pas responsables. Donc nous ne sommes pas légitimes quand nous leur refusons de déposer une demande dans un pays où ils potentiellement plus de chances d’être protégés.

Le règlement Dublin n’a qu’une seule conséquence : dépenser des millions d’euros pour déplacer les demandeurs d’asile entre pays européens.

Plus il sera effectif, plus il y aura d’expulsions, donc plus il coutera cher, tout ça sans rien changer au nombre de demandeurs d’asile à l’échelle européenne.

Oui, actuellement le pourcentage d’expulsion n’est que d’une petite dizaine de %.
Et c’est une bonne chose… 10%, c’est déjà 10% de trop.

Oui, les bénévoles et les associations aident les dublinés à échapper à ce règlement absurde, en les aidant à défendre leurs droits avec des avocats, et elles continueront de le faire.

Oui, les bénévoles et associations se mobilisent dans les aéroports, afin de sensibiliser les passagers et le personnel naviguant, en espérant le débarquement des personnes, et elles continueront de le faire, tant que ce règlement absurde et injuste ne sera pas réformé dans le bon sens.

Et pour l’instant, il est difficile d’être optimiste au vu des différentes annonces faites par notre gouvernement. Le projet de réforme de loi sur l’immigration, qui devrait arriver début 2018, est plus qu’inquiétant.

Le 5 septembre, dans un discours aux préfets, M. Macron a déclaré :

Et M. Collomb se satisfait d’une hausse de 124% des expulsions de dublinés.

Cette hausse est probablement le résultat des moyens démesurés que le gouvernement met à disposition des préfets ! Dans une note ministérielle datée du 20 novembre, non publique, et particulièrement inquiétante, on peut entre autres y lire :

En clair, si une famille ou un groupe de dublinés doit être expulsé, les préfets ont le droit d’utiliser des avions privés pour faciliter l’expulsion. Un retour des charters de la honde de Pasqua ?

Pour rappel, si la France n’avait pas appliqué le règlement Dublin en 2016, il n’y aurait eu que 10 000 réfugiés en plus. Et nous serions arrivés à 46 500 réfugiés, soit 0,07% de la population française.

Quand est-ce que la France prendra conscience qu’il serait plus constructif de reporter les millions d’euros dépensés en expulsion sur une vraie politique d’accueil et d’intégration ?

Tant que ça ne sera pas le cas, les bénévoles et assos se mobiliseront, pour le respect des droits humains des étrangers qui nous demandent de leur accorder une protection.

* Il lui reste encore à passer en séance publique le 7 décembre, et il faut espérer que nos députés se mobilisent pour contrer cette proposition.

 

PLUS D’INFOS :

Dossier de la proposition de loi n°331

Le monde : La pression législative s’accroît pour les migrants enregistrés ailleurs en Europe

Le Figaro : L’Assemblée renforce la rétention pour les migrants «dublinés»

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Chère madame Le Pen

23 mars 2017 Extrême droite Comments (0) 1003

Mme Le Pen, je suis un français, je suis même ce que vous appelez un « français de souche », même si cette expression n’a aucun fondement. Je fais donc partie du peuple français. Je ne crois pas me souvenir de vous avoir demandé de me défendre. Je ne me souviens pas non plus vous avoir demander de parler en mon nom.

C’est pourtant ce que vous laissez entendre dans votre slogan de campagne : « au nom du peuple ».

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Engagement n°7

11 mars 2017 Extrême droite Comments (0) 787

Le 4 mars, sur l’antenne de la radio chrétienne RCF, dans une émission musicale, l’animateur commence l’émission par ces mots, « Une semaine avec le salon de l’agriculture, ou se pavanent nos chers dirigeants pour essayer de nous faire oublier leurs frasques, et ben tiens donc, bientôt leurs chères élections, enfin juste pour vous dire, faites attention quand même, avant d’être bleu marine les chemises étaient brunes« .

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