Schéma national d’accueil des demandeurs d’asile : un ré-équilibrage justifié mais une méthode qui pose question

24 décembre 2020 Exilés, Revue de presse Comments (0) 608

Le 18 décembre a été publié le « Schéma national des demandeurs d’asile et d’intégration des réfugiés« , par le Ministère de l’intérieur.
Ce document détaille le programme d’évolution des dispositifs d’hébergement des demandeurs d’asile, sur les 3 prochaines années.

L’objectif annoncé par le gouvernement est de mieux répartir les demandeurs d’asile, afin de réduire le déséquilibre actuel dans la prise en charge au sein de la métroploe. Cet objectif est, à première vue, positif, mais les moyens proposés pour y arriver soulève beaucoup de questions.

 

UN BILAN INCOMPLET DES CARENCES

Comme le rapport l’indique, la moitié seulement des demandeurs d’asile accède à un hébergement le temps de la procédure, et ce pourcentage varie selon les régions.
Cette insuffisance est reconnue par le gouvernement, mais ce dernier occulte une conséquence catastrophique de cette carence : l’accès à une protection est très inégalitaire au sein de l’exagone.

Chaque année le rapport annuel de l’OFPRA détaille, par département, le nombre de demandes d’asile étudiées et le nombre de protection accordée par l’OFPRA et la CNDA.
Comme le montre le tableau ci-dessous, le taux d’obtention d’une protection varie du simple au quintuple !

Le département le plus bas, la Moselle, présente un taux de 14,2% alors que l’Orne monte à 72,8% ! Pourtant toutes les demandes d’asile sont étudiées lors d’un entretien à l’OFRA, à Fontenay-Sous-Bois, ou la CNDA à Montreuil.
Ces inégalités peuvent s’expliquer pour certains départements de la région Grand-Est, ou sont sur-représentés les demandeurs d’asile venant des pays de l’Est, ayant un taux d’accord très bas.
Pour toutes les autres régions, ces inégalités peuvent paraître injustifiées mais s’expliquent en étudiant les disparités dans la prise en charge.
Le tableau régional ci-dessous recoupe différents critères : le pourcentage d’obtention d’une protection, le ratio entre le nombre de places d’hébergement et le nombre de demandeurs d’asile par milliers d’habitants.

Il met en évidence le fait que plus les demandeurs d’asile ont potentiellement accès à un hébergement, donc à un accompagnement par des travailleurs sociaux, plus ils ont de chances d’accéder à une protection.

 

DES MOYENS INSUFFISANTS

Partant de ce constat, l’objectif d’un ré-équilibrage est positif mais les moyens déployés semblent trop insuffisants pour espérer une amélioration concrète et équitable.
Le plus grand risque est que les conditions d’accueil en Ile-de-France ne s’améliorent que très peu et que les conditions d’accueil en région se détériorent, tant le nombre de places créées est insuffisant ou insuffisament préparés.
Preuve en est que les orientations régionales depuis l’Ile-de-France vont commencer dès Janvier 2021, alors que les appels à projet pour ouvrir les centres nécessaires ne prévoient une ouverture qu’à partir du 15 mars !

En Bretagne par exemple, ou les centres d’accueils sont déjà tous pleins et ou une bonne partie des demandeurs d’asile n’obtiennent pas d’hébergement, le « SNADAR » prévoit d’y rediriger 93 personnes par mois en plus… puis 122 personnes par mois au second trimestre. Soit 645 demandeurs d’asiles supplémentaires sur le premier semestre, alors que n’est prévu l’ouverture que de 250 places perennes supplémentaires sur l’année et seulement à partir du mois de mars.
Les objectifs semblent donc dès le départ inatteignables.

 

UNE VIGILANCE INDISPENSABLE DES CONSÉQUENCES DE CE « DUBLINAGE » NATIONAL

Un autre risque potentiel de cette évolution sera une précarisation des demandeurs d’asile. En effet, le principe retenu par le gouvernement est que lorsqu’un demandeur d’asile dépose une demande d’asile dans une région dites « excédentaire », c’est-à-dire actuellement l’Ile-de-France, il lui sera « proposé » d’aller continuer sa procédure dans une autre région considérée comme « déficitaire ». La proposition n’en est en fait pas une, vu que si le demandeur d’asile refuse cette orientation elle perdra alors les « conditions matérielles d’accueil », c’est à dire l’allocation de demande d’asile (210€/mois pour une personne seule hébergée, 420€/mois si elle n’est pas hébergée).
Si elle refuse elle se retrouvera à la rue et sans aucune ressources.
La France s’apprête donc à mettre en place une sorte de « procédure Dublin nationale », visant à imposer au demandeur la région ou il résidera le temps de sa procédure.
Même si les critères d’orientation sont moins incohérents que le règlement Dublin européen, il est à craindre qu’une partie des demandeurs risque de refuser cette orientation et préférer la précarité plutôt que de se voir imposer un transfert dans une autre région. La raison est assez simple : quand un demandeur dépose une demande dans une région, il le fait généralement pour des raisons objectives : parce qu’il y connait des personnes, donc des facilités d’intégration.
La règlement Dublin a démontré son ineficacité et ses effets pervers (une effectivité de 15% pour un gaspillage estimé par le centre de recherche européen à entre 2,4 et 4,9 milliards d’euros/an). Tous les pays européens s’accordent sur ses effets pervers et une nécessaire remise en cause de son fonctionnement.
Il est donc légitime de s’inquiéter de voir la France adapter nationalement un fonctionnement européen inefficace et coûteux.

Il faut espérer que les bilans réguliers prévus par le gouvernement seront faits de manière objective et que les acteurs associatifs de terrain y seront associés.

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Marine Le Pen – La mécanique de la haine#2

22 juillet 2020 Extrême droite, Revue de presse Comments (0) 1023

#OnVeutLesNoms, ou comment le Rassemblement National méprise la justice et les victimes.

Depuis quelques jours, l’extrême-droite réclame que soient communiqués les noms des suspects dans certains fait divers. Le hashtag #OnVeutLesNoms se répand, généralement accompagné de #JusticePour(le prénom des victimes), transformant les réseaux sociaux en tribunal populaire nauséabond.


Damien Rieu, alias Damien Lefevre, salarié du Rassemblement National (assistant parlementaire de Phillipe Olivier), lance même des appels aux forces de l’ordre afin qu’ils leur communique ces informations… ce qui est un appel à transgresser le code de déontologie des policiers et gendarmes (source) !

Le Rassemblement National se drape dans une posture de défenseur de la justice, posture particulièrement indigne si on prends un peu de temps pour analyser leurs méthodes et leur indignation sélective.

Prenons l’exemple du décès d’Axelle, jeune femme qui a été renversée et trainée par des chauffards : ce drame est particulièrement scandaleux, l’attitude des 2 jeunes qui étaient au volant est inqualifiable. Il faut espérer en effet que la justice les condamnent à la hauteur de leur geste.
Mais l’extrême-droite est-elle légitime à accuser de partialité les médias, quand on voit comment ils « sélectionnent » les victimes à soutenir ?

5 exemples parmi d’autres :
Avril 2020, Younes, adolescent de 15 ans, est renversé par une voiture en Haute-Savoie. Il est retrouvé dans un fossé, la voiture a pris la fuite. Il décède quelques jours plus tard (source).

7 juin 2020, à Nantes, un homme de 30 ans décède après avoir été fauché par une voiture, qui a ensuite pris la fuite (source).

13 juillet 2020, 2 personnes agées sont renversées par une voiture à Albi. Ils décèdent tous les deux. La conductrice était sous l’emprise de l’alcool et de la cocaïne (source).

17 juillet 2020, un enfant de 10 ans est renversé par une voiture qui prend d’abord la fuite. Après avoir été en état critique, sa situation semble se stabiliser. Ce garçon et sa famille vivent actuellement un centre pour demandeur d’asile, à Compiègne. Le chauffard se rend finalement à la police (source).

20 juillet 2020, une fillette de 6 ans décède, après avoir été percutée par une voiture qui a pris la fuite, à Aubervilliers (source).

Ces 5 drames ont un point commun : aucune réaction de l’extrême-droite.
Pas de hashtag réclamant justice, dénonçant l' »ensauvagement » de la France ou réclamant les noms des suspects.

Comment expliquer cette indignation sélective, si ce n’est par souci de récupération indécente ? Comment Marine Le Pen ose-t-elle parler de « justice », quand elle demande les noms des suspects pour en identifier leur supposée origine, ce qui est contraire au valeurs d’équité de la justice ?
Comment Marine Le Pen ose accuser d’impartialité quand elle-même « sélectionne » les drames auxquels apporter son soutien ?

Demander les noms des suspects, instrumentaliser ces drames à des fins politiques, ignorer les victimes quand les coupables n’ont pas de prénoms à consonnance étrangère, ne démontre qu’une chose : le Rassemblement National n’est pas un parti républicain et piétine les victimes et la justice.

Chaque jour qui passe le Rassemblement National démontre un peu plus son indécence.

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Des centres d’accueil pour migrants d’un genre nouveau vont ouvrir à Calais

1 août 2017 Revue de presse Comments (0) 1101

Le gouvernement annonce l’ouverture de deux nouveaux lieux, où un dispositif spécifique permettra d’accélérer les demandes d’asile. Le ministère de l’intérieur fait volte-face sur la gestion des migrants de Calais. Alors que, depuis neuf mois, le gouvernement fait l’impossible pour rendre les exilés invisibles, Gérard Collomb a annoncé, lundi 31 juillet, l’ouverture de deux centres d’hébergement d’un nouveau type.

Article de Maryline BaumardLE MONDE |

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Migrants : l’Etat pourrait être contraint d’installer des points d’eau et des sanitaires à Calais

28 juillet 2017 Revue de presse Comments (0) 1040

Le rapporteur public du Conseil d’Etat a recommandé, vendredi, le rejet des appels formés par la ville et le ministère de l’intérieur contre des mesures d’aides aux migrants. Les associations qui aident les migrants du Calaisis à survivre ont entendu avec plaisir, vendredi 28 juillet au matin, le rapporteur public du Conseil d’Etat leur donner raison dans le bras de fer qui les oppose à l’Etat et à la ville de Calais sur la prise en charge des migrants. La décision est attendue pour la semaine prochaine, mais en général son rapport est suivi.

Article de Maryline BaumardLE MONDE | 28.07.2017

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Migrants : le plan en trois temps d’Emmanuel Macron

28 juillet 2017 Revue de presse Comments (0) 1022

Dans un discours sur l’intégration, le président a promis des hébergements d’urgence, mais aussi des missions pour éviter les traversées en Méditerranée. Et de deux ! Il y avait le plan du premier ministre, Edouard Philippe, sur les migrants, annoncé le 12 juillet. Quinze jours plus, c’est celui du chef de l’Etat qui est dévoilé. Dans la matinée du jeudi 27 juillet, Emmanuel Macron s’est rendu à la préfecture d’Orléans après avoir passé une heure et demie chez une famille de réfugiés syriens, hébergés en périphérie de la ville. Sa façon de clore une séquence de trois jours consacrée aux migrations et à l’asile.

Article de Maryline BaumardLE MONDE |

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Emmanuel Macron ne veut plus de migrants dans les rues « d’ici à la fin de l’année »

27 juillet 2017 Revue de presse Comments (0) 976

Dans un discours sur l’intégration, le chef de l’Etat a promis des hébergements d’urgence mais aussi des missions en Afrique pour éviter les traversées de la Méditerranée. « Je ne veux plus d’ici la fin de l’année avoir des hommes et des femmes dans les rues, dans les bois. Je veux partout des hébergements d’urgence. » Lancée devant un parterre de 37 nouveaux Français de 21 nationalités, qui venaient de recevoir leur décret d’intégration, cette phrase du chef de l’Etat a eu un retentissement particulier dans la salle de cérémonie de la mairie d’Orléans, jeudi 28 juillet. C’est par cette annonce, inattendue, qu’Emmanuel Macron a conclu une séquence consacrée aux réfugiés, entamée mardi après-midi.

Article de Maryline BaumardLE MONDE |

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« Le plan du gouvernement pour les migrants ne résout rien », selon le défenseur des droits

21 juillet 2017 Revue de presse Comments (0) 972

En visite, à La Chapelle, à Paris, Jacques Toubon pense qu’il « s’inscrit dans la ligne des politiques successives qui dysfonctionnent depuis 30 ans ».
« On commence par où ? » Le défenseur des droits, Jacques Toubon, jette un œil à droite à gauche, opère presque un tour complet sur lui-même. Il est 9 heures, porte de La Chapelle, à Paris, et les migrants affluent de tous côtés. La file d’attente pour un petit déjeuner chaud s’allonge, la file devant l’entrée du centre de transit est déjà bien longue. C’est comme cela tous les matins, dans le 18e arrondissement de la capitale.

Article de Maryline BaumardLE MONDE |

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