La mécanique de la haine

14 juillet 2020 Extrême droite Comments (0) 594

Quand le Rassemblement National diffuse la photo d’un innocent et l’accuse d’assassinat.

Dimanche 5 juillet 2020 à Bayonne, Philippe Monguillot, un chauffeur de bus de 59 ans est passé à Tabac par plusieurs personnes qui n’avaient pas de titre de transport. Une agression si violente qu’il sera hospitalisé en état de mort cérébrale, puis décédera vendredi en fin de journée. Une mort inacceptable, tout comme celles de Mélanie, jeune gendarme fauchée par un chauffard qui tentait d’échapper à un contrôle routier le 4 juillet, ou Thomas, jeune homme décédé le 11 juin après avoir été agressé à Sarcelles par un homme sorti depuis peu de prison.

Ces 3 drames ont en commun de faire l’objet d’une récupération indécente par l’extrême-droite qui n’hésite pas à les instrumentaliser afin d’alimenter une mécanique de la haine ordinaire à des fins électoralistes. Quitte à ne pas respecter la volonté des familles, quitte à ne plus respecter les lois.

Vendredi 10 juillet, en milieu de journée, Marine le Pen a posté sur sa page Facebook la photo de 2 hommes, accompagné de ces mots : 

« Philippe, Mélanie, Thomas et tant d’autres… En France, #LaRacailleTue et ses victimes n’ont pas l’honneur des « unes » de journaux, des tribunes complaisantes de stars et de visites politiques.
Il est temps que la peur change de camp !
Voici la photo de deux des quatre assassins du chauffeur de bus de Bayonne. »

Dans sa publication originale, les photos ne sont pas floutées, les 2 personnes sont facilement reconnaissables.
Les réactions en commentaires s’enflamment, plusieurs centaines puis rapidement plusieurs milliers. Plus de 8000 partages en 3 heures, plus de 7 000 commentaires, la plupart ouvertement racistes, parfois doublés d’appel au meurtre :

« Qu’on les exécute tout de suite », « Crevez pourriture humaine », « Une cartouche de chevrotine dans la tête », « Il faut tiré à vue point pas de jugement », etc.

Or rapidement des commentaires indiquent que la personne de droite sur la photo n’a aucun lien avec l’assassinat du chauffeur de bus de Bayonne.

Non seulement Marine Le Pen n’a pas respecté la présomption d’innocence, mais en plus elle a qualifié d’assassin et diffusé la photo d’une personne par erreur. 

Ce n’est que vers 18h que sa publication est modifiée, en supprimant la photo en question.

Pas un mot d’explication ni d’excuse.

D’où viennent ces 2 photos, qui les a diffusé en premier ? Difficile à dire, une des premières diffusions semble avoir été sur le site internet de la « Ligue de la défense juive« , organisation néosioniste d’extrême-droite, le 9 juillet (ou elle est d’ailleurs encore visible). Elle a ensuite été rapidement relayé par divers compte sur les réseaux sociaux, notamment par Thaïs d’Escufon, militante de Génération identitaire, sous-marin du Rassemblement national.

Damien Rieu, co-fondateur de ce groupuscule d’extrême-droite, indiquait le 11 juillet dans un tweet qu’ils avaient été « obligé » d’enquêter pour trouver les noms des assassins, il reconnait qu’ils se sont trompés sur une des personnes. Là encore, aucun mot d’excuse.

Damien Rieu, alias Damien Lefèvre prétend ne plus faire partie de Génération identitaire depuis 2015, mais il a pourtant eté condamné avec d’autres à 6 mois de prison ferme, 5 ans de privation de droits civiques, pour l’opération « Defend Europ » dans les Alpes, début 2018. Ces peines sont suspendues le temps de l’appel qu’ils ont déposés. Début 2018 il ne faisait donc officiellement plus partie de ce groupuscule et aurait participé à l’opération en tant que « prestataire », donc contre rémunération. Quelques mois plus tard il devient assistant parlementaire de Gilbert Collard puis en 2019 de Philippe Olivier, tous les 2 membres du Rassemblement National. Il est donc toujours aujourd’hui salarié du Rassemblement national.

La publication de Marine Le Pen est partagée plus de 10 000 fois en quelques heures, notamment par plusieurs cadres du Rassemblement national :  Jordan Bardella, Eléonore Bez (conseillère régionale PACA), Isabelle Surply et Thibaut Monnier (conseillers régionaux Auvergne-Rhône-Alpes), mais aussi Gilles-William Goldnadel (médiatique avocat habitué des plateaux de Cnews et RMC) ou Thomas Joly (président du « Parti de la France »).

Sources : Recherches personnelles / Romain Jeanticou

Ce n’est que 2 jours plus tard, ce dimanche 12 juillet, que Marine Le Pen supprime enfin son post, mais le mal est fait, la photo circule et circulera sur le net pendant des années, associant à tort un jeune homme à un lâche assassinat.

Nous en sommes là : une candidate aux élections présidentielles française se permet de diffuser des photos de personnes en les qualifiant d’assassins, sans aucune vérification.

En faisant mine de dénoncer la violence, elle la nourrit. Elle appelle à la haine afin de satisfaire ses ambitions électoralistes.

Ce faisant, elle enfreint la loi à plusieurs reprises. Tout d’abord, en qualifiant les personnes d’assassins, elle ne respecte pas la présomption d’innocence, garantie la déclaration des droits de l’Homme, le code civil et le code de procédure pénale :

« Toute personne suspectée ou poursuivie est présumée innocente tant que sa culpabilité n’a pas été établie. Les atteintes à sa présomption d’innocence sont prévenues, réparées et réprimées dans les conditions prévues par la loi. ».

https://fr.wikipedia.org/wiki/Présomption_d%27innocence_en_droit_français

Marine le Pen entretient une ambiguïté volontaire en parlant de « racaille », de « sauvagerie », de « camps », pour éviter de tomber dans l’incitation à la haine raciale, mais les milliers de commentaires racistes sur sa page Facebook ne laissent aucun doute sur ses objectifs à peine masqués.

Bien pire encore, en accusant à tort la personne de la photo de droite, elle se rend coupable de diffamation.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Diffamation_en_droit_français

En laissant plusieurs heures ses électeurs se répandre en menaces et injures, puis en les supprimant sans aucun mot d’excuse ni explication, Marine Le Pen démontre le mépris qu’elle a des lois mais surtout des personnes.

Pourtant, derrière ces photos il y a des hommes, des familles, des proches. Une sœur et un frère du jeune accusé à tort témoignent :

Comment avez-vous découvert que la photo de votre frère circulait sur internet, le désignant comme étant un des assassins de Philippe Monguillot ?
Samia* : « C’est notre mère qui m’a appelé pour me le dire, il devait être 8h du matin, elle était effondrée. C’est une amie à elle qui l’avait appelé un peu avant, pour la prévenir qu’il y avait la tête de son fils sur Twitter. Je n’avais absolument rien vu, j’ai contacté ma nièce qui est sur ce réseau social, elle a vérifié et elle m’a confirmé ça, il y avait déjà plus de 1000 partages. J’ai appelé mon frère, nous savions qu’il ne pouvait pas être lié à cette affaire, le jour du drame il était avec sa chérie. Quand nous l’avons eu il était déjà en route pour le commissariat pour déposer plainte mais comme il n’avait pas sur lui de pièce d’identité à jour ils lui ont demandé de revenir plus tard, ce qui va être fait. »

Djibril* : « C’est ma sœur qui m’a averti, en m’envoyant le post de marine Le Pen. »

Quelles ont été les réactions de votre entourage proche, de vos connaissances ?
Djibril : « Ma mère a été profondément choquée, elle était submergée. Elle a laissé un message sur mon répondeur mais je ne l’ai eu que le lendemain. Elle a eu peur, extrêmement peur jusqu’à ce qu’arrive le démenti. Moi j’étais indigné. Ces procédés du Rassemblement national, on en a l’habitude, ce sont des ficelles qu’utilisent certains partis politiques et qui sont aussi utilisées par des mouvements radicaux religieux qui manipulent en cherchant ce qu’il y a de plus bas chez l’être humain afin d’asseoir leur pouvoir, cela mène toujours à la tyrannie et au fascisme même s’ils s’en défendent. Ma première réaction a surtout été de savoir comment je pouvais protéger la sécurité de mon frère. Même si ça avait été lui, pour moi on est dans un état de droit et on n’a pas à diffuser des images comme ça. »

Samia : « Pour ma mère ça a été très dur, j’ai demandé à ma nièce de 23 ans d’aller chez elle, j’avais peur qu’elle fasse un malaise, c’est quand même son fils qui est accusé de meurtre. Moi, je ne vais pas vous mentir, j’ai pleuré toute la journée. Pourtant on a tous déjà lu des commentaires haineux sur internet, mais là comme ça nous touchait, ça fait encore plus mal. J’ai lu des choses ultra-violentes. Depuis j’ai beaucoup de mal à dormir, je suis trop perturbée, c’est trop violent, quand en plus on n’est foncièrement pas comme ça. L’universalité, pour moi, est une vraie valeur, ça n’est pas de la poésie. Je ne cautionne pas qu’on puisse mettre des gens dans des cases, ça me dépasse donc ça me fait hyper mal. Mon frère Djibril. a peut-être plus de recul, c’est un sage, moi j’ai beaucoup de colère parce que je trouve ça inadmissible, je n’arrive pas à dépasser ça. J’ai tout de suite diffusé un démenti, expliqué qu’il y avait erreur sur la personne, mon petit frère a mis une vidéo de lui aussi et ça a commencé à tourner, nous voulions que ça cesse. Je trouve mon frère étonnamment calme, alors que les accusations sont extrêmement graves. Il m’a envoyé des captures d’écrans des menaces qu’il reçoit, malgré les démentis, il y a des gens qui lui disent que s’ils le croisent dans la rue ils lui font la peau. On a beau avoir démenti, dans la tête de certaines personnes ça reste. Que des personnes lambda aient partagé ça, ça n’est pas excusable mais je peux le comprendre en partie, sous l’émotion. Mais que des personnes politiques ou publiques le fassent, c’est quand même hallucinant. Ils n’ont même pas respecté la présomption d’innocence, il n’y a pas eu encore de jugement, il faut faire attention aux mots, quand on est une personne publique. »

Avez-vous reçu des menaces ou injures suite à cette diffusion ?
Djibril : « Mon frère a reçu des menaces, avec des gens qui ont énuméré les endroits où il se rendait. C’est un appel à se faire justice soi-même. La phrase de Marine le Pen, « Il faut que la peur change de camp », est subtilement un appel à la vengeance populaire. J’ai moi aussi reçu une menace, d’une personne qui me disant que je pourrais avoir de gros problèmes. J’ai fait les captures d’écran, je les transmettrais à la justice si besoin. Des injures, aussi, sur les réseaux sociaux.
Le racisme, on est habitué. Je ne rentre pas dans la victimisation mais il y a une grande malhonnêteté sur ce sujet. Quand on est maghrébin, il y a 30 à 40% moins de chances d’avoir un appartement, par exemple, c’est factuel. »

Samia : « j’ai eu des injures aussi, par exemple des messages comme « Les gens comme vous sont enfantés par des chiennes », « les arabes dehors », que des choses comme ça… mais je tiens à le dire aussi, il y a beaucoup de personnes qui m’ont écrit, sans me connaître, pour nous soutenir. Maintenant je commence à essayer de prendre un peu de recul, même si nous sommes encore sous le coup de l’émotion. Philippe je le connaissais, pas personnellement mais c’est un monsieur qui m’a amené au lycée pendant des années tous les jours, ensuite quand je travaillais à l’hôpital, j’ai pris le bus pendant 20 ans. J’ai déjà discuté avec lui, c’était un homme hyper ouvert, qui vient des quartiers, de la ZUP de Bayonne, il parlait à tout le monde… il avait 3 filles dont il était gaga, il me l’avait dit. Je ne dis pas ça par politesse, c’était vraiment une belle personne, donc l’émotion est hyper vive et je le comprends. Mais il ne faut pas occulter la gravité des accusations contre mon frère. Ça n’est évidemment pas comparable, mon petit frère est en vie, alors que cette famille est en deuil d’un papa, d’un mari. «  

Sa photo a maintenant été supprimée du compte de Marine Le Pen, avez-vous été contacté et reçu des excuses de sa part, ou à minima des explications ?
Samia : « Il y aurait dû y avoir un démenti, mais il n’y a eu que la suppression de la photo. »

Djibril : « Non, nous n’avons eu aucun contact. J’ai pourtant fait rapidement un démenti sur sa publication. Nous n’avons eu aucune excuse, aucune explication, mais je ne m’attendais pas à autre chose. »

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vous, votre famille ?
Djibril : « Mon père a été « invité » à venir ici, au moment où la France avait besoin de main d’œuvre, en 1968. Il a fait des travaux d’ouvrier, très pénible. Moi je suis né ici, en 74, sur le territoire français au pays basque. Je comprends le marocain mais la langue que je pratique, avec laquelle j’ai le plus de facilité c’est le français. Jusqu’à ce que je m’intéresse à mon origine, à mon identité d’arabe, vers 18 ans, mes lectures c’était Victor Hugo, Jean-Jacques Rousseau, pas les auteurs arabes. Il y a une transmission qui n’a pas été faite chez nous. Toute la famille a au moins un bac ou un bac+2. Nos valeurs, ce sont des valeurs simples, de respect. A la base nous sommes d’origine marocaine par mes parents, mais avec mes sœurs et moi ça s’est métissé très vite, dès la première génération. Chez nous on est une famille de mixité, franco-marocain, franco-vietnamien, franco-kabyle, franco-angolais… au moins 3 continents représentés. Pour ma part, je suis marié à une française. Nos valeurs familiales sont des valeurs communes à l’être humain, de respect d’entraide, de solidarité. Ça a été à un moment une grande question, l’identité, mais aujourd’hui je n’ai pas d’identité particulière. Quand je suis en France, pour certains je suis un « bougnoule » et quand je vais au Maroc pour certains, je suis « un enfant de l’étranger « , donc toujours entre 2 cultures qui vous acceptent plus ou moins bien. Je me considère avant tout comme un humain, juste comme une personne qui habite sur terre, un passant, un être de transition. Toutes les cultures m’intéressent, mais les drapeaux, non, je suis loin de tout ça. Du racisme, il y en a eu, mais à Bayonne ça n’est pas très prégnant. Pour certaines personnes on a toujours l’impression qu’il faut montrer patte blanche, qu’on n’aura jamais de légitimité à leurs yeux. Mais j’ai cette chance de ne pas confondre les choses, j’aime la diversité. Pour moi un être humain qui commet un acte ignoble, même s’il était de mon sang, je ne pourrais pas être de son côté. Je ne suis pas communautariste, ça ne me parle pas, ce fonctionnement. Je ne pourrais pas mentir pour ne pas affecter ma communauté, je n’ai pas ces instinct clanique ou grégaire. Ce qui compte pour moi c’est la probité et le respect. Je suis très curieux des gens, savoir qui ils sont. Même une personne raciste je suis curieux de l’entendre, au-delà de ce qu’elle va me dire et de ce qui va être violent, j’entends la souffrance. Mais je ne me laisse pas faire pour autant. « 

Samia : « Je suis aide-soignante. Nous sommes une famille « melting-pot »… entre les parents et les petits-enfants, il y a des vietnamiens, africains, espagnols, kabyles, français, marocains… Moi ce qui me chagrine aussi énormément dans tout ça, c’est que j’ai 2 garçons, de 16 et 14 ans, ce sont des enfants hyper respectueux et polis. Ils n’ont pas des prénoms et des têtes de suédois. Moi j’ai 39 ans, ça va, je peux prendre du recul aujourd’hui. Ce qui me dérange fortement, c’est qu’on puisse regarder mes enfants et les juger avant même d’avoir parlé. J’ai des tas d’anecdotes sur ce sujet, par exemple un jour à la fin d’une sortie scolaire avec d’autres parents, une maman est venue me voir en me disant : « Dis-donc je suis étonnée, ton fils qu’est-ce qu’il est poli pour un ar… » . Pour un arabe, c’est ça qu’elle allait dire. Les gens ne se rendent même plus compte, et c’est ça qui me fait mal, en fait. Je les éduque avec des valeurs de respect. Je le leur répète, si je vous entends dire que vous n’aimez pas tel camarade parce qu’il est homo, ou parce qu’il ne croit pas, ou parce qu’il est de telle couleur, je ne pourrais pas l’accepter. Mon fils ainé, il a l’âge ou il regarde un peu ce qui se passe dans les réseaux. Quand on est dans sa propre construction, de voir comment on peut être rejeté alors qu’on n’a rien fait, c’est mauvais et ça peut mener au communautarisme, et ça je ne l’accepte pas. Mes amies, c’est Caroline, Fatima, Julie, je n’ai pas envie d’avoir des enfants qui se replient sur eux-mêmes parce qu’ils ont l’impression de ne pas être accepter, il est là le danger. Notre père n’est plus là, heureusement qu’il n’a pas eu à vivre ça, c’était quelqu’un d’exceptionnel, dans la tolérance, l’amour des gens, chez nous c’était tout le temps rempli, on s’en fichait de la couleur des gens. »

Quelles leçons tirez-vous de tout ça ?
Djibril : « C’est une question intéressante mais je ne sais pas encore y répondre, c’est trop tôt. Je tiens surtout à dire que je condamne fermement ce qui s’est passé pour ce chauffeur de bus, je suis profondément attristé, choqué, cet acte-là est ignoble. Les auteurs doivent être menés devant la justice. Nous sommes dans un état de droit, leur origine, même si elle est incontestable, ne doit pas être utilisée pour attiser le feu, pour générer de la haine. Il faut faire preuve de solidarité, je transmets toutes mes condoléances à cette famille. Marine Le Pen, en utilisant ce drame pour faire le buzz, ne respecte pas cette famille endeuillée, c’est indigne. Ça n’est pas une question de couleur, si elle avait un quelconque amour pour sa propre couleur elle ne s’en prendrait pas à cette famille, ce qui démontre que ses raisonnements sont arbitraires, ils ne reposent sur rien sinon elle aurait la dignité de ne pas rajouter de l’huile sur le feu alors que des gens sont profondément attristés. C’est ajouter de la souffrance à la souffrance. Comment des gens peuvent croire à ses discours, c’est la question que je me pose. »

Samia : « Je suis dépassé par tout ça, je savais qu’il y avait beaucoup d’instrumentalisation, mais je suis dépassé par tout ce que je peux lire, à longueur de journée, ça n’arrête pas. Ça m’attriste au plus haut point de voir qu’on peut accuser des gens ans les connaître. Aujourd’hui, c’est parce que je suis encore dans l’émotion, j’ai mon ventre qui vrille, je n’ai pas encore assez de recul, je crois de moins en moins à l’humain… mais j’ai envie d’y croire quand même, parce que je reçois aussi de beaux messages, de personnes qui me disent que le pays basque ça n’est pas ça, que ça ne nous représente pas. Je préfère me rappeler de ceux-là parce que sinon ça m’attriste trop. Je vais devoir prendre un peu de recul parce que toutes les insultes me font mal, je suis encore trop dans l’émotion, je m’endors à 4h pour me réveiller à 6h et aller travailler. Mon petit frère me dit qu’il ne sort plus, pour l’instant, il a peur de se faire agresser, qu’on vienne lui parler de tout ça, qu’on le provoque. On le sait, s’il se défend ça va être détourné, c’est vraiment compliqué.

Toute cette instrumentalisation, par des partis politiques, je trouve ça inadmissible. Attiser une haine comme ça, c’est un manque de respect pour sa famille en premier lieu. Il faut les laisser faire leur deuil, je pense à eux.Quelle que soit la nationalité, on s’en fout, c’est 4 personnes qui doivent être jugées, par la justice. On peut être effondré, indigné, mais nous ne sommes pas juge. Il ne doit pas y avoir d’instrumentalisation, de quel côté que ce soit. Laissons faire la justice. »

* Les prénoms ont été modifiés

Mise à jour de l’article de 18 juillet :
Le 16 juillet, sur France2, Marine le Pen a été interrogé sur son « erreur » par Caroline Roux :

Ces propos ont été tenus dans l’émission « les 4 vérités », or ils comportent au moins 2 mensonges :

« Mon community-manager a commis une erreur de rapidité » (…) « message Facebook que je n’avais pas validé » : 1er mensonge, Marine Le Pen tente de se défausser sur ses équipes, mais qui peut croire un seul instant que ce type de publication n’est pas validée avant diffusion ? Les community-managers ont toute latitude à diffuser des contenus d’actualités, citer des propos publics, mais ne peuvent parler au nom des personnes, d’autant plus sur des sujets aussi sensibles, sans avoir la validation au préalable.

« d’ailleurs ca a été retiré immédiatement » : 2e mensonge, les photos ont été diffusées vers midi le 11 juillet. L’erreur a été signalé moins d’une heure plus tard dans les commentaires, or la photo n’a été retirée que vers 18h, comme le montre la capture d’écran plus haut, le temps pour plus de 8000 personnes de déverser leurs commentaires haineux et appels à la haine. La publication complète n’a été retirée que 2 jours plus tard. 

Outre ces mensonges, il est plus que légitime de s’interroger sur le rôle qu’a tenu le Rassemblement National dans la recherche et la diffusion de ces photos. Le 12 juillet Damien Rieu, salarié du Rassemblement National, a clairement indiqué sur Twitter avoir « enquêté pour trouver les noms ».

Espérons que la justice poussera ses recherches afin de vérifier.

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